Journal de bord de résidence

Il y avait sept personnes dans la pièce : sept corps avec des pensées, des souvenirs et des émotions à l’intérieur. Il y avait des points communs entre nous, partagés par tous ou par quelques uns. Et puis des différences. On a joué à l’Autoportrait en empruntant son titre à Édouard Levé : en voici six aperçus (car le septième personnage n’a pas écrit, il a filmé et enregistré : on verra cela plus tard, n’est-ce pas Mathieu ?)

J’aime ma personnalité. Il m’arrive d’être narcissique, mais presque jamais égoïste. Quand je fuguais, ou lorsque je fais un voyage pathologique, ce n’est finalement que pour faire voyager mes problèmes. Un jour, quand j’étais petit, j’ai cassé une dent de ma meilleure amie, je le regrette affreusement. Parfois j’ai des visions. Anges ou démons, elfes ou trolls… ? J’adore le ping-pong. Étant enfant, mes parents m’emmenaient en voyage à Mimizan. J’aime être un gars ordinairement extraordinaire. J’adore les pizzas. J’ai adopté mon bide, au propre comme au figuré. J’ai visité le musée Dalí, en Espagne. J’adore Age of Empire, un jeu PC de mon « je » passé.

Tom

Je m’interroge souvent sur le sens de ce que je fais quand je commence à faire quelque chose. Je pense parfois qu’une chose et son contraire peuvent être vraies en même temps. Je suis rarement entièrement satisfait de ce que je fais. J’ai énormément de mal à faire la différence entre mes croyances et la réalité. Je crois parfois que les gens autour de moi savent sur moi des choses qu’ils n’ont pourtant aucune raison de savoir. J’ai l’impression que les difficultés que j’ai à vivre son des symboles de la décadence de la civilisation occidentale. J’ai du mal à imaginer un avenir qui me donne vraiment envie de vivre. J’ai du mal à finir les choses que je commence quand je perds de vue le sens qu’elles ont.

Joseph

J’ai toujours voulu inspirer les autres, mais jamais me faire commander. Je m’offusque intérieurement devant l’hypocrisie. J’aime les mots ou prénoms dont les sonorités me font penser à de la pâtisserie. J’adore les films historiques et biographiques. J’aime l’innocence des enfants et le franc-parler bienveillant des personnes âgées. Enfant, je préférais rester avec les adultes que les personnes de mon âge. J’aime boire du thé ou du café sur une terrasse ensoleillée. Je n’aime généralement pas les films fantastiques ou de science-fiction. J’ai fait de l’anorexie à quinze ans. J’adore la danse. Mes petits doigts sont anormalement courts. Je suis hyperlaxe. Je crois en la puissance des pierres et des arbres. J’aime dormir longtemps, mais je culpabilise assez rapidement. À la maternelle, j’avais gagné le concours de dessin de la kermesse.

Virginie

Je prends toujours mon petit-déjeuner avant ma douche, sauf les matins où j’ai une raison précise de faire l’inverse. Quand je vais de chez moi jusqu’ici, je viens toujours par le boulevard Garrisson, alors qu’au retour il m’arrive de prendre par le faubourg Lacapelle ; l’inverse n’est pas vrai. J’ai été deux fois à Toulouse, mais jamais à Bordeaux. Je n’ai pas de neveu ni de nièce, mais je connais quatre enfants qui m’appellent « tonton ». Il m’est arrivé plusieurs fois de me forcer à terminer la lecture d’un livre à laquelle je ne prenais pas de plaisir. À chaque fois que je porte un short, j’hésite avant de faire ce choix.

Antonin

J’ai vingt-trois ans. J’ai deux pieds et deux mains. Je ne voudrais jamais aller à New York : la faute au coronavirus et à Trump. Je ne suis jamais allé au Maroc ni au Bénin, mais je souhaiterais y aller un jour. Je bosse pour le FSB, la CIA et pour Don Quichotte réunis. Je n’ai presque pas de repos, je bosse comme un damné. Tous les jours, je me lève, je déjeune puis je me douche (pas forcément dans cet ordre). Je fus un lycéen d’Antoine-Bourdelle entre septembre 2012 et juin 2016. À cette époque, même là-bas, j’étais très agent secret, et à fond dans Harry Potter et l’espionnage. Je mets un survêtjama quand je ne me mets pas en pyjama pour dormir, à moins que ce soit l’inverse (je mets un pyjama pour dormir, quand je ne mets pas mon survêtjama ou un surshortjama). J’aime beaucoup faire venir la pluie, la fraîcheur et les nuages pour éviter une canicule folle. Oui, j’aime pas avoir trop chaud : les plus de 40 degrés, très peu pour moi. J’aime pas trop me sentir lourd et accablé par cette chaleur. J’aime aussi les marabouts et les chamans indiens faisant venir la pluie. Personnellement, j’aime mieux le froid polaire modéré, l’humidité tropicale (style Amazone) et la chaleur modérée que la chaleur extrême et surtout la sécheresse. Je préfère les chats aux chiens et les chameaux aux renards.

Lucas

Je suis né avec Alexandrie, Alexandra. J’ai deux amis, qui étaient la mort et la boulimie. J’étais un pharaon en Égypte. Je suis une porcelaine fragile. Je parle aux fantômes. Je voulais être un archéologue et professeur d’histoire. Je ne supporte pas les gens qui boivent. J’ai horreur de mon corps. Je suis fasciné par le mystère des endroits vieux et historiques. J’ai tué quelqu’un inconsciemment. J’ai rencontré un écrivain intriguant. J’adore les vieilles photos en noir et blanc. Je suis un grand comédien. J’ai un super pouvoir que personne ne sait.

Patrice

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Quand je suis venu à Montauban, j’ai vu beaucoup de maisons et j’ai vu des grands bâtiments où on est obligés de sonner. J’aimerais bien sortir tous les weekends et les mercredis, et j’aime bien jouer dehors, j’aime pas rester trop dedans.

Le chemin de la Coulée verte, je n’ai pas le droit d’y aller seul, j’y vais avec ma mère. J’y vais une fois par semaine et j’aime faire du vélo. J’aimerais bien avoir le droit d’y aller le soir, tout seul.

Encore plus loin que le plus long des chemins, des plus plats aux plus pentues des routes, si tu arrives jusque-là tu es émerveillé. À cent mètres de là, un magnifique lac avec des cascades, des arcs-en-ciels formés par le reflet de l’eau, de l’herbe aussi bien taillée que l’herbe d’un jardin anglais, chaque arbre bien aligné à même distance de l’autre. Un endroit magnifique, et en plus tu peux te baigner.

Je tremble en montant l’échelle. De cinquante mètres, la vue est super, mais la peur est toujours sur moi, et j’ai sauté avec la peur. Mais plus je descends, plus la peur s’en va. Au moment où je suis entré dans l’eau, je me suis senti comme un dauphin, une sirène.

Au début, on m’a mis des lunettes en forme de bretzel et, quand je suis retourné en cours d’escrime, je me suis changé et j’ai commencé mon assaut… Mais je voyais quelque chose : je voyais la prochaine attaque de mon adversaire.

Un joueur me prend et me met au milieu du terrain, me fait la passe, et je dois vraiment marquer le point. Tout le monde compte sur moi pour le dernier point.

Je marque, mais à un moment j’envoie le ballon très haut : il va dans la ville, donc je prends l’ascenseur pour aller le chercher. Je lui envoie, mais il atterrit dans le ruisseau.

Je ferai plus de parties, avec mes amis. Je viendrai tout le temps. Avec mes amis. Et à chaque fois qu’on gagne une partie, on gagne une tablette de chocolat.

Quelqu’un me tapote le dos. C’est ma nounou. Mais en fait, je me rends compte que ce n’est pas elle, c’est un extraterrestre. Je regarde si c’est bien ce que je pense. Et si c’est ça, je prends la fuite.

J’ai fait des grands gestes pour imiter ses ailes, puis j’ai crié pour imiter son cri. J’ai essayé de m’envoler et soudain, en l’imitant, je me suis vraiment envolé. Je me suis posé sur un arbre. Et là, je pousse un cri comme une pie et je me transforme en une pie. Mes parents étaient sous le choc de me voir voler comme une pie, ils étaient vraiment apeurés. Mon frère, pour la première fois, il pleura.

Et, je sais pas comment, on s’est réveillés dans une ferme. Deux personnes nous regardaient bizarrement. Elles étaient habillées d’une manière étrange. On aurait dit qu’on était dans le passé, et ce n’est qu’en allant en ville que j’ai compris qu’on y était vraiment, parce qu’il y avait un panneau qui disait qu’on était en 1914, qu’on était en début de guerre mondiale.

« Liste : trois planches de bois, cinquante clous, une perceuse, trente vis. Quand même, ça coûte 33,05 €. Avec tout ça, je vais fabriquer un mini tabouret. Ça va me servir. »

Je ne comprenais rien de ce qu’il disait. Mais je me souviens que j’avais tourné un film il n’y a pas très longtemps. En me souvenant de ça, j’ai voulu tout arrêter, mais un Indien m’a dit qu’il ne fallait pas arrêter. Je l’ai écouté et il avait raison.

« Tu rentres chez toi et reviens de temps en temps, pour te faire plaisir ».

Le billet d’aujourd’hui, ce n’est pas vraiment moi qui l’ai écrit. J’étais tellement content de l’atelier de cet après-midi, avec les CM2 de l’école Jules-Guesde (quel soulagement de pouvoir les rencontrer en vrai plutôt que sur écran !) que j’ai seulement eu envie de relire leurs textes. Ils sont vachement bien. J’y ai pioché quelques phrases (celles que j’ai envie de reprendre à mon compte) et les ai mises bout à bout. Chaque paragraphe est volé à un enfant différent. J’espère qu’ils ne me reprocheront pas ce pillage.

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C’était un jeu. J’avais imaginé les règles de ce jeu : écrire une histoire qui se passe dans une rue de Montauban. La rue de votre choix. Mais il y avait une contrainte forte, dans ce jeu, et ce n’est pas moi qui l’avais décidée : on ne pouvait pas parcourir cette rue librement, parce qu’il fallait rester confinés. Alors, je vous ai proposé d’écrire à partir de vos propres souvenirs, d’une part, et des images de cette rue montalbanaise figées par Google Street View, d’autre part. Quelle déception ! devoir visiter un lieu qu’on connaît si bien, à travers son écran… Quelle expérience fascinante, aussi. Un décalage entre les souvenirs, si intimes, et cette étrange réalité froide… De ce décalage pouvait naître une fiction. Ou pas. Un sentiment, une émotion. D’autres souvenirs. Une incompréhension. Quelque chose, du moins, sur laquelle vous avez pu écrire.

Merci pour votre participation ! J’avais  dit : « Chaque texte sera comme une pièce du puzzle. » Voici le puzzle complété : vingt textes, situés dans vingt lieux de Montauban. Une cartographie subjective écrite par vingt Montalbanais et Montalbanaises… À vous de parcourir ces histoires de la façon qui vous plaira :

  • en explorant la carte ci-dessous ;
  • en naviguant dans le sommaire, plus bas ;
  • en téléchargeant l’ensemble des textes ici : Il y a une histoire dans cette rue (au format PDF)

Les textes :

  1. Cédric Doumerc, Le temps d’un soupir
  2. Aurore Valmary, Capsule
  3. Timothée Decomps, Notes sur la rue de l’Hôtel-de-Ville
  4. Adriana De Bortoli, Intrusions
  5. Bernard Marlier, Le monde souterrain de la rue de la Mandoune
  6. Alixe A.-Acquier, Où est passée Leïka ?
  7. Chanchan, Les jardins ouvriers de la rue Issanchou
  8. Didier Décomps, À petit pas, apriori, le trésor de la ville de Montauban
  9. Émilie Villachon, Rue de la carte bancaire vide
  10. Jeannette Brissieux, Ma rue
  11. L., Les bulles tchèques
  12. Joëlle Faure, La boutique des frères Bonis
  13. Jonathan Wayne, La rue de mon père
  14. Laurent Brissieux, Rue de la Mandoune, entre le pont des Consuls et le Pont-Vieux
  15. Mabie, Inoubliable mystère de la rue Léon-Cladel
  16. Nathalie Belardi, Derrière les portes
  17. Sophie Greco, Les drapiers
  18. Jacques Eglem, Au rond-point, faites demi-tour !
  19. Micheline Boursiac-Petit, De La Fontaine à la Comédie
  20. Anna Bringuy, Rencontres confinées
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par Cédric Doumerc

Combien de fois ai-je reparcouru ces chemins de mon passé pour supporter mieux le présent ? Pas les plus beaux ni les plus dignes, non, ceux qui ont importé pour moi. Ainsi, nos jours étant ce qu’ils sont, je ne peux retenir mon esprit, l’empêcher de partir en quête de la langueur de mes hiers et l’enchaîner à ce corps confiné.

Et par quelle rue entamer mes pérégrinations sinon celle qui m’a vu découvrir le monde ? De ce garage dont le portail grinçait tant, avenue de Toulouse à l’église de Villebourbon… C’est là que mon cœur a commencé de battre.

Si demain je pouvais, je partirais tôt, aussi tôt que lorsque je partais pour le collège, un pantalon trop grand à la ceinture, qui s’accordéonait sous mes baskets, qui se déchirait sous leur talon. Le bruit de mes pas pour compagnon.

Le Tarn est rivière d’or lorsque le soleil étend ses rayons. S’échouant sur les façades qui bordent le cours d’eau, la lumière survole l’avenue et caresse les rares trains qui défient l’heure matinale.

Je croiserais la boulangerie aux couleurs criardes qui a fini par évincer le bâtiment blanc à l’abandon qu’était devenu la station-service de mon grand-père, celle-là même dont je me souviens sans l’avoir jamais vue.

Avant de la traverser sans la voir, l’écho de la dernière écluse du canal me parviendrait de dessous la route, et le vacarme de l’eau qui résonne sur les murs de briques. Là-dessous, on ne s’entend pas parler, mais là où les cœurs se dévêtent il n’est nul besoin de paroles.

Mes souvenirs seraient plus rapides que mes pas, je serais déjà sur la jetée du club d’aviron, sous les lettres bâtons du Club Nautique où l’on a fabriqué des u avec ces v qui me gênaient tant alors que j’apprenais à lire.

Les terrains de tennis ont disparu depuis longtemps déjà, recouverts par le goudron d’un parking vide, emprisonnant avec eux les souvenirs de ces après-midi où les rires l’emportaient sur le challenge.

J’allumerais une cigarette à l’endroit où des années plus tôt j’attendais l’élue de mon cœur adolescent. Curieuse analogie. Les premières cigarettes ont cela de commun avec les premières amours que jamais plus elles n’auront la même saveur.

Une autre station-service muée en boulangerie au delta des quais Poult et de l’avenue Marceau-Hamecher. Les stations-service se transforment-elles toujours en boulangerie lorsqu’elles disparaissent ?

Je me glisserais derrière, dans ce passage qui n’a rien de secret sinon sa capacité à les garder. Un restaurant, un salon de massage, disparus, remplacés, sans que je les aie vus naitre. Je dépasserais sur ma gauche le deuxième souterrain qui jalonne la route de mes souvenirs. Je réaliserais peut-être que ces tunnels obscurs ne sont pas pour rien dans mon goût pour le mystère.

La rue du Moulin me donnerait à voir les restes calcinés de l’édifice auquel elle doit son nom, où nous pénétrions, par l’arrière, en secret, en équilibre sur les arbres, les poutres métalliques, jusqu’à courir à travers les étages à l’abandon. Ivres de ce sentiment impertinent de l’enfance que rien n’est interdit que ce que l’on s’interdit.

Étrange… Les deux boulangeries de l’avenue ont définitivement tiré leurs rideaux sans qu’aucune ne devienne une station-service. Peut-être le charme n’est-il pas réciproque.

Autrefois, alors que le soleil n’avait pas encore investi la rue, seulement l’une d’elles était ouverte, et l’odeur des chocolatines des Robert parfumait tout le quartier. Elle était là leur boulangerie à la devanture de bois, tout près du bureau de tabac avant que celui-ci ne traverse la route pour plus de travail, en face de la gendarmerie.

Peu de choses ont changé au fond, si ce n’est le gris des murs, assombris davantage sous l’effet des pots d’échappement, comme pour épouser la patine qui les a recouverts dans ma mémoire.

Au feu de signalisation, je me désolerais une fois encore de la tristesse de l’ancienne officine vide sous ses vitres sales. Le goût de médicament des bonbons offerts quand on savait attendre en silence me reviendrait ; je n’ai rien goûté de pareil depuis.

Enfin, j’arriverais à l’ombre de l’édifice gothique immobile et inchangé. L’église qui hantait mes rêveries lorsque mon regard se perdait à travers les fenêtres du collège, à quelques pas.

En me retournant, je plongerais une dernière fois les yeux sur la route parcourue, dans le mirage, à cet interstice indéfini, flou, perdu quelque part entre l’image de mes souvenirs et ce présent déjà passé qui les aurait ravivés.

C’est peut-être là et seulement là que nous existons, à la périphérie de l’instant, de ce que nous en percevons et des fantômes qui nous habitent.

Et dans les rues, en filigrane, notre mémoire qui superpose nos présents.

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par Aurore Valmary

 

Nous serions dans la rue Calvet, à l’aube du mois de septembre. Les aiguilles de ma montre se situeraient approximativement entre 8 heures et 9 heures du matin si l’on en croit la position du soleil. Je longerais cette rue pour la première fois, envahie par la peur. L’été indien laisserait flotter une certaine douceur, les arbres qui jalonneraient les propriétés de cette rue seraient encore fleuris et le lierre habillerait toujours les maisons du quartier. Cette ambiance bucolique laisserait place à la curiosité des étudiants regardant tour à tour, entre les jours des portails, comme des enfants un peu trop curieux. Pas à pas, cette imposante bâtisse se dévoilerait sur ma gauche, marquée par le temps. J’arriverais au bout d’une impasse et, sur ma droite, un drôle de mur terni m’interpellerait, dont la hauteur était bien inférieure aux autres immeubles de la rue. Multiples tonalités viendraient le recouvrir. Ces nobles couleurs formeraient un ensemble bien singulier pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux venus en ce jour de rentrée et pourtant, il s’agirait bien de graffitis. Sur ce mur, je verrais une longue enfilade de chewing-gums collés les uns devant les autres. L’incompréhension serait mon sentiment premier : je me dirais, assurément, qu’il s’agit d’un message de contestation. Après tout, on m’avait prévenue que ce lycée avait toujours eu une certaine réputation en la matière.

Ce mur, qui s’étendait sur une trentaine de mètres, emplissait à lui seul les deux tiers de l’impasse, du moins c’était ce qu’il me semblait. Cette façade devant laquelle j’étais passée tous les jours pendant trois ans avec la même interrogation, à quoi pouvait-elle bien servir et pourquoi personne ne l’avait jamais débarrassée de ces chiques ? Les unes devant les autres, elles dominaient la rue Calvet, comme l’une de ces œuvres d’art moderne dont seul son auteur saisit la portée. Je me retrouvais devant elle matin après matin pour attendre celle qui est aujourd’hui ma plus vieille amie, puis nous résigner à rentrer dans l’enceinte du lycée. Des Converse à cheval sur un fil électrique traversaient en large la rue. Cette célèbre paire de baskets bleue pendue grâce à ses lacets blancs est restée au moins plusieurs années en l’état. Personne ne les avait enlevés jusqu’à aujourd’hui, retirant quelque peu le charme de cette impasse.

Les heures, les jours et les années défileraient… « avec lenteur », aurais-je soutenu, mais aujourd’hui je les vois comme une parenthèse dans laquelle j’aimerais revenir l’espace d’un instant. Je m’ennuierais à nouveau dans cette rue lorsque nous aurions du temps à tuer, à discuter là, au bord de ce trottoir, tout comme ces lycéens. Nous y croiserions des camarades d’autres classes et nous en profiterions pour rire aux éclats et certainement nous plaindre du dernier sujet de littérature. Nous débattrions alors autour de cette célèbre citation de Socrate « Je sais que je ne sais rien » et nous parierions sur notre avenir. Ce serait dans cette rue, aux allures presque glauques, que je prendrais le temps de penser et d’être libre. Le souvenir de ces longues journées interminables, parsemées de moments dans la rue Calvet, est aujourd’hui ma capsule de nostalgie. Ces trois années auraient filé à toute vitesse. Nous arriverions alors au mois de juillet, l’heure du départ. Une de ces belles journées ensoleillées que nous offre la saison estivale. J’aurais foulé cette rue Calvet une dernière fois, croisé de nouveau les arbres en pleine floraison. J’y aurais rencontré mes camarades pleurant à chaudes larmes, sans trop savoir si elles étaient de joie ou de peine. Ce jour-là, en regardant une fois de plus en sa direction, j’aurais finalement compris le message que cachait derrière ce mur… la trace de notre passage.

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par Timothée Decomps

 

Un écrivain venu de Paris vient réaliser un livre sur les monuments historiques et culturels de la rue de l’Hôtel-de-Ville de Montauban.

Il voulut commencer par le célèbre musée Ingres, il entra et acheta son ticket. Il choisit de commencer par le deuxième étage pour finir par le dernier des sous-sols, alors il monta par les escaliers.

L’écrivain vit de très beaux tableaux d’Ingres. À travers une vitre, il aperçut un grand tableau s’appelant Le songe d’Ossian, à l’étage inférieur. Puis, ayant pris des notes sur le deuxième étage, notre héros descendit pour le premier.

Là, il vit d’autres tableaux d’Ingres ainsi que quelques sculptures d’Antoine Bourdelle. Il prit quelques notes sur l’atelier de David puis il alla voir la suite avec le violon, les pinceaux, les premiers tableaux d’Ingres. Après avoir encore pris des notes sur cet étage, il descendit pour le rez-de-chaussée.

Là, l’écrivain vit encore plein de tableaux, de sculptures, mais surtout Madame Gonse (et la cafeteria). Ayant fini tout le rez-de-chaussée, il descendit pour voir d’innombrables sculptures de Bourdelle dont Héraclès. Il prit des notes. Puis, au deuxième sous-sol, où il vit la salle du prince noir présentant toutes sortes d’armes ainsi que des canons.

Ayant visité les cinq étages du musée Ingres-Bourdelle (M.I.B.), il fit le bilan de sa visite dans son carnet.

Il sortit du bâtiment et se retrouva donc dans la rue. Il se balada. C’était la rue de l’Hôtel-de-Ville. Il passa devant le magasin de pièces d’or pour remonter vers la cathédrale. La façade ressemblait beaucoup à la cathédrale Notre-Dame de Paris avec quatre statues au-dessus des trois portes avant de la cathédrale.

Après avoir pris des notes sur la façade, l’écrivain entra.

Dans la cathédrale, il vit de très beaux tableaux (encore) mais surtout un très grand et bel orgue. Il y avait aussi un pigeonnier et des corridors un peu partout pour passer d’un endroit à l’autre, il en profita pour regarder l’orgue, il prit quelques notes et sortit de l’édifice. Il entra dans une agence immobilière pour choisir sa nouvelle maison.

Puis il se dirigea vers le muséum Victor-Brun.

Là, il monte au dernier étage. Tout en haut du bâtiment il voit des squelettes d’animaux. Le muséum est plus petit que le musée Ingres mais tout aussi bien.

Au début il entre dans une grande salle, la première chose qu’il voit c’est un éléphant de cirque, mais avant l’éléphant il y a des fauves (des félins). Un lion le regarde à l’entrée. Il tourne sur la droite et il y a encore des félins, mais aussi des rapaces. Il continue son trajet et voit des pigeons puis des oiseaux marins. Il avance tout droit : des reptiles l’attendent. Un peu plus loin, plein de mammifères (de rongeurs surtout) sont là pour l’accueillir, mais aussi des poissons. Il marche encore un peu vers Lina et Fino, des renards à caresser, qui l’accueillent pour aller dans la deuxième salle où sont exposées des oiseaux dont une autruche et des perroquets. On a reconstitué le milieu naturel de certains mollusques et mammifères.

Maintenant l’écrivain marche jusqu’à la salle où Loulou le Blaireau, un animal qu’on peut caresser, l’attend. Dans cette salle, on voit plein d’oiseaux de tout genre : un paon, une chouette et encore plein d’autres animaux.

Dans la quatrième salle il trouve des poissons, des singes, des fragments de météorites et des cristaux. Après avoir pris quelques notes il commence à se diriger vers la prochaine salle.

Là, il y trouve beaucoup de beaux coquillages, de singes de toutes sortes, même un squelette humain. Une maquette a aussi été créée pour expliquer comment on trouve les animaux à empailler.

Il fit le bilan de l’ensemble et sortit. Notre héros se rendit dans la rue puis dans une cafeteria où il rassembla toutes ses notes pour en faire un livre.

Quelques mois plus tard, le livre est vendu en cinq mille milliards d’exemplaires. Bref, il fit un très grand succès.

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