Journal de bord de résidence

par Adriana De Bortoli

 

Il fait chaud en ce mois de juin 2019. Sur la place, un excavateur se détache d’un énorme trou béant comme une fleur de métal aux teintes orangées mais froides. Ce gouffre de poussière a été creusé en lieu et place de l’ancien parking pour en bâtir un autre, encore plus grand. Rien ne bouge sur le cliché et pourtant, un homme en tee-shirt vert posté sur le trottoir semble admirer les mouvements saccadés de l’engin perdu dans la grisaille. Derrière lui, un autre homme avec son chien en laisse fuit le vacarme. Il s’apprête à emprunter la rue du Docteur-Lacaze, ma rue, celle où j’habitais.

À Montauban, cette petite rue prolonge celle de l’Hôtel-de-Ville et débouche sur la place Franklin-Roosevelt, la place où trône Notre-Dame-de-l’Assomption. La rue Lacaze a une particularité sur Google Maps. Pour la découvrir sur le plan, il faut zoomer et j’aime cette idée qu’elle vit par intermittence entre deux mondes. Un clic, elle apparait, un clic, elle disparait.

Je l’ai peut-être déjà croisé. Je ne peux pas dire que son visage me dit quelque chose, il est flouté. Peut-être sa silhouette, son chien au poil brun roux, lisse et brillant, je ne sais pas. Il porte une casquette, un tee-shirt, un bermuda et un sac à dos. Des baskets et des socquettes noires. Il semble regarder la vitrine de l’agence immobilière située à l’angle d’en face. Le chien, juste derrière lui, se trouve devant la boutique d’une dame adorable qui vendait, je me rappelle, de l’artisanat du monde. C’était aussi une guérisseuse. On le devinait à son regard débordant d’amour.

Comme la plupart des gens qui empruntent ce trottoir, l’homme ne sait pas qu’une autre rue commence à partir de la porte cochère immense qui se dresse à sa droite, dotée d’une porte piétonne et surmontée d’une imposte remarquable en fer forgé. Si je l’avais croisé, je lui aurais peut-être dit de lever la tête. Si je l’avais croisé. L’ai-je croisé ? Une idée me vient.

Quatre ans plus tôt, au même endroit, le porche de l’hôtel Montet-Noganets, bâtisse du XVIIIe siècle, s’offrait grand ouvert à toute visite inopinée. Dans le passage voûté sur croisée d’ogives qui s’ouvrait sur une cour, les pierres chuchotaient dans la pénombre pour ne pas perturber son désir. L’homme aurait peut-être franchi cet antre majestueux comme je l’avais fait moi-même un mois plus tard.

Dans l’angle, en lieu et place de l’agence immobilière, il aurait vu un mur de plantes diverses, savamment disposées par le fleuriste d’en face et qui, à cette heure du jour, était dehors. Et de cette femme, cheveux blonds, marchant d’un pas décidé devant lui, toute en élégance avec son slim bleu nuit, son haut azur et son sac de couleur assortie, aurait-il remarqué les sandales plates qui épousaient avec grâce les petits cailloux incrustés du trottoir ? À hauteur d’une des pâtisseries les plus raffinées et emblématiques de Montauban, aurait-il essayé de la séduire ?

Ou lui aurait-il préféré cette jeune brune élancée aux baskets blanches et tout de noir vêtue qui la devançait ? Un grand jeune homme brun approchait aussi. Mais bon, son cœur était peut-être déjà pris. Il aurait pu acheter un magazine, des cigarettes ou même jouer au tabac presse loto juste après. Il serait peut-être devenu millionnaire et aurait dépensé sans compter dans la boutique d’art située au no7.

Quatre ans après, deux ouvriers en face de lui disposent des plots sur la chaussée. Il m’échappe, je ne le vois plus. Je pense à mon départ du 15e et à mon arrivée à Montauban. J’imagine un dialogue entre la rue de Montauban dans le 15e et ma rue ici, entre l’immeuble du musée Bourdelle et l’immeuble un peu plus bas où est né Antoine Bourdelle puis, plus près de moi, entre le musée en travaux et le Centaure mourant qu’on a chassé du square…

À vrai dire, je suis perdue et ça ne va pas fort. Alors je reviens vers l’homme à la casquette et au chien, ça me rassure, je ne sais pas pourquoi, mais je le dépasse, j’ai une drôle d’intuition. Cette silhouette là-bas, au loin, ne serait-ce pas… moi ?

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par Bernard Marlier

 

Imaginez Montauban au tout début des années 70.

La ville a bien changé depuis cinquante ans.

Le centre-ville n’était pas prisé. Lorsqu’on avait les moyens de choisir son habitat, on se faisait construire une maison en périphérie où la pleine campagne n’était pas loin. Mais le centre-ville, non, n’était pas à la mode. On disait qu’il valait mieux éviter de traverser la place Nationale après 22 heures, sous peine de se faire agresser. C’était sans doute exagéré, mais elle n’avait pas l’aspect propret d’aujourd’hui. Il y a cinquante ans la plupart des maisons de la Place n’étaient pas restaurées et très peu étaient habitées. Quand on la quittait pour rejoindre la rue de la Mandoune, on imaginait que ce quartier de Montauban avait du être beau, mais la plupart des bâtiments étaient mal entretenus.

La rue de la Mandoune, aujourd’hui, commence au rond-point des Tontons-Flingueurs. Puis elle descend jusqu’au Tarn en passant sous le quai Montmurat, en empruntant le Vallon de la Mandoune ou Ravin de la Mandoune ; on dit vallon mais aussi ravin, ce qui désigne mieux cet espace urbain que vallon, qui évoque plutôt la campagne.

Il y a cinquante ans, en arrivant au Ravin de la Mandoune, l’impression de remonter le temps vous saisissait. Était-on dans les fossés de la ville autrefois fortifiée ? Le Ravin de la Mandoune dévalait vers le Tarn, passait sous le pont des Consuls. On avait l’impression d’être sur une rivière surplombée par un pont qui l’enjambe. Impression fondée, car ce ravin était l’ancien lit du ruisseau Lagarrigue, un affluent du Tarn qui traversait une partie de Montauban.

Le ruisseau a été couvert : il coule toujours, mais on ne le voit plus. On dit qu’il y avait autrefois un moulin sur ce ruisseau, et une belle meunière surnommée la Mandoune.

Il y a cinquante ans, trois adolescents voulaient voir si une rivière coulait vraiment sous la chaussée de la rue de la Mandoune, jusque sous la place qui était alors celle du marché, aujourd’hui esplanade des Fontaines sur la place Prax-Paris. Ils se donnèrent rendez vous au bord du Tarn, là où le ravin le rejoint. Ils trouvèrent facilement la grille qui fermait un collecteur en brique, d’où s’écoulait un filet d’eau vive. Cela avait l’apparence d’un égout pourtant l’eau était claire et sans odeur. C’était plutôt un ruisseau souterrain. La grille était rouillée et en partie descellée, elle n’empêchait pas de jeunes adolescents intrépides de se faufiler dans le boyau. Un, deux, trois garçons s’y glissèrent successivement. Le plus âgé pratiquait la spéléologie dans un club de Saint-Antonin ; il avait apporté son casque équipé d’une lampe frontale. Il l’avait emprunté au club et le rapporterai lors de la prochaine excursion.

Il avait aussi emporté un petit canot gonflable, de ceux qu’on utilise sur les plages, au cas où le ruisseau sous terrain serait devenu rivière. Mais le faible débit de l’eau ne nécessitait pas de sortir le canot du sac à dos où il était rangé avec gonfleur et pagaie.

Marc, c’était le prénom de ce spéléologue en herbe, marchait le premier, suivi de ces deux copains. Leurs bottes de caoutchouc faisaient des bruits de succion lorsqu’ils les retiraient de la vase du fond du ruisseau. Des gouttes leur tombaient sur la tête, trop nombreuses pour qu’ils puissent les éviter. En tombant dans le ruisseau, elles faisaient un bruit joyeux qui rassurait un peu les trois copains, de plus en plus angoissés à mesure qu’ils remontaient dans ce boyau obscur, juste assez large pour y marcher courbés en avant. Ils frissonnaient de froid, trop légèrement vêtus de leurs chemises d’été. Le faisceau de la lampe éclairait des algues accrochées aux parois du boyau. Une petite bête très vive leur passa entre les jambes, un rat ? Fabien qui marchait le dernier, dans l’obscurité presque complète, percevait la sueur qui lui coulait le long du dos, la peur le faisait transpirer malgré le froid.

Marc comptait ses pas. Les trois garçons avaient aussi compté leurs pas en surface, en descendant le ravin depuis la place Prax-Paris jusqu’au Tarn, et noté leur nombre jusqu’au pont des Consuls, puis jusqu’à la grille par laquelle ils s’étaient glissés.

Maintenant dans l’obscurité humide et fraîche du boyau, la distance leur paraissait bien plus longue. Ils dépassaient des échelles de fer conduisant aux regards fermés par des plaques de fonte en surface. Ils étaient tentés d’escalader une de ces échelles et de sortir, car l’angoisse commençait à les tenailler. Même Marc, qui avait pourtant traversé quelques étroits siphons dans le calcaire vers Saint-Antonin, n’était pas rassuré, car aujourd’hui c’était lui qui conduisait l’expédition alors que, sur le Causse, il était guidé par son moniteur.

Le nombre de pas correspondait maintenant à la distance qui sépare le Tarn du pont des Consuls. Ils progressèrent encore. Ils entendaient un bruit sourd, un grondement qui s’amplifiait à mesure qu’ils avançaient, dont ils ne parvenaient pas à identifier l’origine. L’angoisse monta d’un cran, instinctivement les trois garçons s’étaient rapprochés les uns des autres. Le grondement devenait assourdissant tant il y avait maintenant d’écho, comme lorsqu’on pénètre dans la grande salle d’une grotte ou la nef d’une cathédrale. Un brouillard de gouttelettes qui brillaient dans la lumière de la lampe, les enveloppa. De l’eau qui chutait depuis les hauteurs, coulait à flot, grondait et se vaporisait, comme l’eau d’une cascade, provoquant le brouillard qui les enveloppait encore d’avantage.

Soudain le faisceau de la lampe se perdit dans un espace très grand. Il éclairait vaguement ce qui devait être une voûte, là-haut. Quand ils préparaient leur expédition, ils avaient discrètement questionné un vieux qui vendait ses légumes au marché ; il leur avait laissé entendre que le ruisseau Lagarrigue passait sous la place et qu’il y avait beaucoup d’espace à cet endroit. « Une sorte de salle du marché souterraine », leur avait-il dit. D’après le nombre de pas, ils ne devaient plus en être loin. Ils s’approchèrent d’une des échelles de fer qui permettaient d’accéder à la surface. Marc escalada, le faisceau de sa lampe fit apparaître un couvercle rond. Il poussa de toutes ses forces. À sa grande surprise le couvercle se souleva légèrement. Ils étaient en aval de la place Prax-Paris, là où arrivait la rue du Fort. Il y avait des passants qui se croisaient, très près du couvercle. Marc n’osa pas le soulever d’avantage, car il n’était pas question de sortir au grand jour et de se faire remarquer. Leur expédition devait rester secrète. Marc redescendit l’échelle en prenant garde car un échelon trop rouillé se détachait, et il rejoignit ses deux camarades.

Ils retournèrent à grands pas vers le Tarn et, dans ce sens, le trajet leur parut court. Bientôt ils virent la lumière du jour au bout du boyau. Ils se glissèrent à nouveau dans l’anfractuosité laissée par la grille rouillée et montèrent les quelques marches de l’escalier de briques qui remontait sur le quai. Personne ne les avait vus.

Ils savaient maintenant sûrement que sous la rue de la Mandoune coulait bien un ruisseau et que, même caché aux yeux des Montalbanais, il existait bien et se jetait dans le Tarn. Ils refirent en surface le chemin vers le pont des Consuls, puis la place Prax Paris, au grand soleil, un peu surpris en constatant que le monde souterrain qu’ils avaient exploré n’était qu’à quelques mètres en dessous.

Ils étaient fiers de leur aventure. Ils se persuadaient qu’ils étaient les premiers depuis le Moyen Âge à avoir emprunté ce boyau sous le Ravin. C’est d’ailleurs ce qu’ils racontèrent à leurs camarades au lycée, qui colportèrent leur aventure, peut-être en la magnifiant un peu.

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par Alixe A.-Acquier

 

C’est un espace verdoyant, où les façades des maisons aux volets toujours ouverts dominent le vallon à travers d’immenses arbres. Les terrasses imbriquées les unes aux autres, les escaliers en cascade, le vert de la pelouse et des plantes en font un bout de terre semi-sauvage au cœur de notre jolie ville rose.

Je garde un profond attachement à ce quartier et j’ai toujours plaisir à y retourner, m’y remémorant des souvenirs d’adolescente en compagnie de ma chienne boudeuse.

J’avais quatorze ans. Nous avions quitté notre campagne pour habiter en ville, pour des questions pratiques et d’adultes, j’imagine. Nous vivions donc, mes parents, mes sœurs et moi dans le quartier dit « du théâtre », quartier populaire à l’époque et qui semble l’être resté, les boutiques en moins… Nous étions au 41, rue Delcassé.

Pour mes treize ans, peu de temps après notre arrivée à Montauban, ma mère avait accepté que j’adopte un chien. J’étais donc l’heureuse maîtresse de Leïka, petite chienne cocker golden, craquante, collante, obéissante, affectueuse.

Je n’avais d’yeux que pour elle. Je passais tout mon temps libre à l’éduquer, à jouer, à lui rendre l’affection qu’elle m’offrait.

Le matin, avant de partir à l’école, nous faisions le tour du quartier : remontant légèrement la rue, elle, toujours devant, se retournait de temps en temps, pour vérifier que je suive bien. Puis, coupant par le passage de la Molle, elle reniflait les moindres coins de rues, et y laissait son petit message. On traversait au passage clouté, pas besoin de laisse, je la voulais libre comme moi.

Elle passait ensuite sa journée à m’attendre dans notre jardin-terrasse surplombant le vallon. Dès mon retour, le cartable balancé, on filait par le « carrelou » sans nom attenant à l’immeuble pour dévaler directement sur la verdure de la Mandoune, notre coin préféré, pour une seule et même raison : l’herbe fraiche, un peu aussi pour les trois bassins circulaires dans lesquels elle aimait faire trempette.

Un matin de juin, pour la première fois, Leïka s’était oubliée : un « pipi » en plein milieu de la salle à manger ! J’ai haussé le ton ; son regard immense si doux l’excusait tendrement… Persuadée qu’elle avait compris, je partis à l’école sans me retourner. À mon retour, excitée de la balade en vue avec elle, et comme à mon habitude, je l’appelai depuis la rue, en montant les marches deux par deux. Les portes étaient ouvertes mais la chienne, absente…

Troublée par ce qui n’était jamais arrivé, j’ai paniqué instantanément. Je hurlais son nom en dévalant les escaliers, me suis jetée dans la rue en demandant aux passants puis aux commerçants s’ils n’avaient pas vu ma petite chienne, mais personne ne l’avait vue. J’étais perdue et désespérée, je ne savais pas où chercher.

C’est alors que j’ai vu au loin ma mère arriver de l’angle de la rue Delcassé et de la rue Saint-Jean. Je me suis alors précipitée en pleurs, et en une seconde je lui ai déversé ma peur et mon désespoir. Elle a tout de suite su trouver les mots rassurants, Leïka ne pouvait pas être bien loin.

Après m’être calmée et avoir mis les idées claires en place, nous nous sommes organisés, tout le monde participait aux recherches, y compris les voisins. Il fallait passer le quartier au peigne fin. Nous avons cherché jusqu’au soir dans les moindres recoins : du Vallon de la Mandoune à ses terrasses labyrinthiques, de la rue Saint-Jean à ses petites rues étroites perpendiculaires, de la rue du Jeu-de-Paume à la rue Sainte-Claire, jusqu’à la place de l’église Villenouvelle… En vain.

Nous sommes rentrés bredouilles et moi désespérée…

Alors que nous étions à la maison depuis cinq minutes, un verre d’eau à la main, affalée et abattue sur le fauteuil du salon, un doute me submerge… Bizarrement, là, je sens sa présence. Non…

Je me lève d’un bond, tirant la banquette du canapé et là… ma petite chienne adorée, tête baissée, le dos tourné, boudait… les bras m’en tombent et mes jambes me lâchent. Je pleure de bonheur, l’attrape dans mes bras et lui promets de ne plus jamais la gronder !

Ma mère avait raison. Pour ne pas être loin, elle n’était pas loin.

Leïka, cocker boudeuse, histoire vraie. Montauban, juin 88

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par Chanchan

 

Voilà plus de soixante-dix ans qu’auraient été créés les jardins ouvriers de la rue Issanchou. Cent vingt lopins de terre nourricière sur près de quatre hectares que la commune de Montauban louerait pour une modeste somme aux familles les plus défavorisées depuis les années mille neuf cent quarante. Ces jardins seraient des oasis de verdure et de fleurs avec des cabanons, les gens y cultiveraient toutes sortes de légumes, y planteraient des fleurs, des plantes aromatiques et récolteraient multitude de fruits pour se nourrir. Ce serait un endroit qui fleurerait bon la campagne et où l’on valoriserait aussi la solidarité et tous les rites conviviaux en milieu urbain agrémenté par le chant des oiseaux et les bonnes odeurs de cuisine et de grillades. Les générations s’y réuniraient en toute occasion, pour les apéros, les repas, afin de déguster les produits issus de leur jardin pendant que les enfants joueraient. Les gens s’entraideraient, échangeraient, riraient et profiteraient de ce milieu paisible aux milles senteurs tout en respectant Dame nature. Chacun goûterait l’instant présent et serait heureux…

Tous les matins, Ferdinand se réveillerait à l’aube, s’habillerait de ses guenilles, ouvrirait la vieille fenêtre de sa cabane faite de bric et de broc plantée sur son lopin de terre, jardinerait, planterait, sèmerait et arroserait ses légumes et fleurs en compagnie des oiseaux, des lapins et chats du quartier. Ferdinand, orphelin de parents décimés par la grippe espagnole dans les années mille neuf cent vingt. Ferdinand toujours rejeté par les autres, Ferdinand le pestiféré que l’on devait éviter et isoler à tout prix pour ne pas être contaminé.

Il imaginerait que ses voisins le salueraient, lui souriraient, l’aideraient et qu’il pourrait en faire de même. Mais personne…

Il semblerait qu’il soit décédé dans l’anonymat et dans la solitude la plus totale, enterré au fond de son jardin, mais il paraîtrait qu’à cet endroit-là, tous les jours des oiseaux viendraient se percher sur la croix de bois pour y chanter et qu’une multitude de fleurs s’épanouiraient toute l’année en couronne pour lui rendre hommage.

Aujourd’hui, Noélie la nouvelle locataire de cette parcelle, viendrait certains soirs vers dix-huit heures, après son travail d’infirmière, s’y ressourcer en pleine lutte sur l’épidémie de coronavirus au Centre hospitalier. Elle suivrait les consignes sanitaires gouvernementales et porterait un masque sur son nez et sa bouche, parlerait aux voisins avec une distance d’au moins un mètre cinquante pour éviter la propagation du virus et évoquerait, entre autres, la pandémie de la grippe espagnole qui aurait fait à l’époque beaucoup de morts.

Pas un mot sur l’histoire de Ferdinand, personne ne lui en parlerait. Et c’est certainement à l’endroit où reposerait Ferdinand qu’elle remarquerait que plein d’oiseaux perchés sur la vieille croix de bois vermoulue viendraient chanter à tue-tête avec, au pied de celle-ci, une couronne de fleurs qui écloraient en permanence.

Les jardins familiaux de la rue Issanchou seraient un endroit merveilleux, un lieu de senteurs et couleurs diverses, d’échanges conviviaux et culturels et où sécheraient encore des tricots de peaux imbibés de sueur, au pied des nombreux cabanons érigés sur les parcelles grillagées.

Il ferait bon y vivre et s’y promener et ça j’en suis certaine.

Cette histoire serait-elle vraie ou simplement le fruit de mon imagination… Je ne saurais vous le dire, le coronavirus et le confinement auraient-ils eu raison de mon être, de ma lucidité et des mes facultés intellectuelles en ce mois d’avril deux mille vingt… Possible.

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par Didier Décomps

 

Il y a dans le grand Montauban
Un petit coin du centre que je ne connaissais pas.
J’habitais la ville depuis trois à quatre ans.
J’étais drôlement enthousiasmé par le cœur de la ville,
Il avait fait battre le mien à bonne vitesse.

Les bâtiments culturels et administratifs m’étaient relativement
Familiers ainsi malgré des années de marches.
Une partie de la rue Jules-Michelet m’était restée inconnue
Et quand bien même,
Je passais devant, je n’insistais pas, je faisais demi-tour.
Pour deux raisons, me dis-je : elle me semblait trop étroite et triste.
Mais voulant mettre cela pour des aprioris
Je me décidais à la traverser, mais pas tout de suite.
En effet, à cette époque j’étais en quête d’un appartement,
Et habitué au changement de logement,
J’étais à la recherche d’agence immobilière.
Je décidais de la visiter de l’autre côté.
Une semaine plus tard, j’avançais dans la rue à petit pas, rien ne se passait.
Sauf un magasin que j’avais remarqué : c’était un commerce de photocopie.
Je me sentais intrigué. Comme charmé. Plusieurs émotions me traversaient l’esprit.
Puis un jour, je me souviens qu’il faisait beau et qu’il y avait un peu de vent,
Je revins dans la rue.
Et là, je trouvais cette petite rue formidable et mieux encore :
Il y avait une agence immobilière. Beaucoup plus tard.
J’y suis entré. J’ai aimé les affichettes.
L’espoir est revenu.

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par Émilie Villachon

Nous descendrions la rue de la Résistance, magnifique voie chargée d’histoire à Montauban.

Attention : vous pouvez tout oublier… sauf un objet indispensable pour une Street Mission du samedi. Cet élément serait de taille rectangulaire : 8,5 cm de longueur et 5,5 cm de largeur, de couleur verte ou bleue suivant l’opérateur. Vous devinez : ce serait quoi ?

Maintenant que vous l’avez en poche… « Aux magasins ! »

Dans cette rue, des boutiques et autres surfaces commerçantes bordent la chaussée, à droite comme à gauche. En levant les yeux, on apercevrait des fils électriques et téléphoniques par milliers à vous étourdir. De grands et imposants bâtiments, en briques rouge et blanche nous étoufferaient, mais les palmiers des allées, à l’étroit dans leurs petits bacs, cacheraient cela. Les services de boulangerie, de glaces et de crêpes seraient bel et bien là pour le bonheur de mes babines qui saliveraient, déjà, rien qu’à l’idée de cette glace fraise-vanille promettant d’être délicieuse, attablée sur cette agréable terrasse de la « carte bancaire »… Car c’est éreintant de marcher en ville ; les pieds dans les chaussures en savent quelque chose, autant que la carte bancaire.

Après une pause bien méritée, où nous aurions bien discuté entre filles, nous repartirions pour la suite de l’aventure.

De multiples couleurs se côtoieraient dans les vitrines. Les yeux ne sauraient plus dans quel sens se tourner : « Chez Jennifer ? Chez Peopleshoes ? Chez IKKS ? » Pour le premier casting de ma vie, je me serais prise pour Cristina Cordula chez « Maria Chaussures ». Au fait, j’ai une petite anecdote : je vais vous la raconter, vous êtes prêts ? Alors, c’est parti :

À l’âge de quatre ans, je détestais « Maria Chaussures », car je trouvais les chaussures trop has been. Alors ma mère, épuisée par mes caprices, a acheté une chaussure pour chaque pied et j’ai continué le shopping comme ça ; j’ai été forcée à porter ces chaussures, une couleur rouge au pied gauche, et verte au pied droit !

Le shopping ne serait pas un bon après-midi s’il ne passait pas par la case « coin beauté » chez Yves Rocher, un bon nettoyage de peau, de belles lèvres brillantes pour vous mettre en joie. Reste maintenant à se revêtir d’une bonne veste et pantalon, à la dernière mode.

Mais, au fait, à quoi ça sert tout cela ? Aujourd’hui, je suis du matin au soir habillée en jogging, peignée avec un palmier tout décoiffé… et aucune copine pour refaire le monde du shopping.

Ah ! qu’elle est triste, la rue de la carte bancaire vide.

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