Inoubliable mystère de la rue Léon-Cladel

par Mabie

 

16 avril 2020, en période de confinement. Marguerite entre dans sa voiture pour aller travailler.

Sa profession paramédicale ne l’autorise pas à rester chez elle.

Elle ne démarre pas tout de suite. Des souvenirs remontent, d’agréables souvenirs…

1977. Marguerite est jeune, de petite taille, les cheveux châtains clairs et longs, elle habite au douzième étage de la Tour du Rond, à Montauban.

Motivée, elle prend l’ascenseur pour rejoindre la rue Léon-Cladel et se rend à pied au Centre hospitalier où elle est élève infirmière.

Ce trajet, elle le fait quatre fois par jour, cinq jours par semaine.

Marguerite parcourt donc cette rue durant les quatre saisons.

Ce jour de confinement, elle se revoit dans ses bottes roses fourrées les jours de neige.

Elle prend plaisir à découvrir les traces de pas des promeneurs ayant marché avant elle.

Un jour, elle relève une petite dame au sol. Elle avait glissé sur le verglas.

Selon l’heure de son départ, Marguerite marche lentement ou accélère le pas. Elle ne veut pas arriver en retard !

Non loin de la Tour, de l’autre côté de la rue, une boutique de fleurs embaume son départ, pour lui donner du baume au cœur.

Un peu plus loin, elle croise régulièrement une dame, avec un panier à provisions à la main. Elle fait travailler les commerçants du coin.

Elles se sourient, cela devient un rituel.

Un matin, alors qu’elle vient de passer à proximité de l’hôtel restaurant « les Trois Pigeons », Marguerite trouve au sol vingt centimes de francs. Elle se baisse, les ramasse et les range précieusement dans son porte monnaie.

Le lendemain, légèrement plus loin, la même pièce. « Dommage, pense-t-elle, cela ne me suffit pas pour m’offrir une chocolatine ! »

Devant une boulangerie, l’odeur du pain frais et des délicieuses viennoiseries lui font tourner la tête. « Comme j’aimerais une chocolatine ! » Avec son budget d’étudiante, Marguerite se contente de biscottes beurrées.

Au retour du Centre hospitalier, devant la boulangerie et l’hôtel, Marguerite baisse les yeux vers le sol, le ciment reste froid… Pas de pièces pour réchauffer le cœur de la jeune fille. « Une pièce tous les matins, ce ne serait pas mal ! » Marguerite sourit à cette pensée.

Et si les désirs devenaient réalité ! Qui a pu entendre ce rêve Utopique ?

Marguerite ne comprend pas. La semaine d’après, du lundi au vendredi, tous les matins à la même heure, elle va trouver à ce même endroit vingt ou cinquante centimes de francs, si bien qu’elle peut s’offrir une chocolatine en fin de semaine.

Marguerite a tenté le même trajet un samedi matin et les pièces n’étaient pas là. Elle renouvelle le circuit le dimanche, toujours pas de pièces.

Dès le lundi, les pièces au sol entre l’hôtel et la boulangerie réapparaissent.

Bon sang, les pièces ne tombent pas du ciel !

Ce mystère a duré plusieurs mois, puis a stoppé comme il était venu.

Marguerite n’a pas compris, mais dans sa tête une chose est certaine, ces pièces étaient mises au sol avant son passage, pour elle, pour qu’elle puisse savourer le vendredi matin une délicieuse chocolatine pour terminer la semaine.

Comme la vie est belle !

16 avril 2020, 13h15. Marguerite n’habite plus la rue Léon-Cladel. Les mains sur le volant, elle sort de ses souvenirs.

Elle va partir travailler en respectant le confinement. Juste le lieu du travail, mais cette évasion dans ses souvenirs lui a donné une envie.

« Quand le Covid-19 aura disparu, promis, je reviens dans cette boulangerie, et j’offre à mon entourage de délicieuses chocolatines ! »

Une pensée aussi pour ce bienfaiteur mystérieux, homme ou femme. Qu’est il devenu ? Une multitude de viennoiseries que pour lui (ou elle)…

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email