Je dis que c’est là

Un week-end, en été, temps idéal pour un bon repas entre amis et famille, une balade avec ce beau soleil qui brille, un ciel bleu intense comme la couleur de la mer Méditerranée ; au-dessus de notre tête, une chaleur, lourde mais pas trop, il y a un peu de vent qui nous caresse le visage, cheveux bras jambes, et transperce nos vêtement pour se frotter au corps, ce vent légèrement frais ; on mange, rigole, fait des blagues entre famille et amis, on se pose un peu, on range un peu les couverts, et un ami nous demande : « ce village tout en pierre, il n’est pas loin en voiture ? » ; on dit non ; du coup, il nous dit : « ben on y va » ; alors tout le monde se lève, on prend la voiture et on part en direction de ce village, une route de montagne en forme de lacet, des arbres gros grands avec des grandes branches, des feuilles vertes qui bougent, le paysage est beau, une falaise de couleur écrue, quelques fleurs qu’on voit de temps en temps, puis un trou dans la falaise on passe dedans, et oh, ding, il y a une lumière dans le tunnel, on sort du tunnel et arrive sur le parking, et on se gare ; on descend de la voiture, on va sur le sentier et on commence à marcher les uns derrière les autres, et là je ressens le parfum des fleurs qui titille mes narines et un déjà-vu en avançant, je vois des chevaliers avec leurs montures grandes, marrons, et une belle crinière ondulée, qui marchent ; en me croisant ils me disent « bonjour » et je continue pour arriver ; quand je vois quelques maisons de couleur écrue et plus sombres, comme la falaise avec l’ombre qui pose comme une voile sur le village, je vois une église et je rentre, il y a une odeur qui m’interpelle, entre moisi et fraîcheur, je vois des marches en bois et je monte, et en haut : deux fauteuils tout en bois, un grand et un moyen, et un balcon d’où on voit l’autel de l’église et je fais une révérence, on me demande pourquoi je fais ça et je dis : « il y a le roi et la reine. » Puis je descends des escaliers et je me dirige vers l’autel de l’église et je me mets à la droite, et je reste un moment ; les amis me demandent pourquoi je me mets là et je réponds que « c’est là ma place », et à ma gauche, je vois d’autres gens habillés avec une capuche comme les moines, je les vois comme des amis, je reste deux à trois minutes, puis on continue a visiter le village, et on voit un homme qui vient vers nous et qui demande si on sait où vivait le dernier habitant de ce village ; moi je vais vers une maison où il y a un escalier en pierre et un trou dans le mur, et devant les escaliers je dis que c’est là ; et il est étonné, car j’avais juste ; puis je me mets dans le trou et je ressens une vague de chaleur qui émerge au plus profond de moi, et en même temps j’entends une voix, qui me parle et je me sens bien et je pleure, je ne sais pas pourquoi, mais tous les sentiments différents « joie douleur mélancolie tristesse haine paix » ; j’ai les yeux fermés, l’ermite me parle avec une voie apaisée ; à un moment ma mère me dit qu’on repart, et je lui dis que je suis coincé, et les amis viennent et commencent à dire que c’est impossible : « il est réellement coincé » ; et ils sont trois à m’aider à sortir de ce trou, et je vois que je suis à quelques mètres du trou, je retrouve mon esprit, la respiration et mes idées, et on part ; et d’abord je me retourne et je lui fait un dernier signe, et je lui promet que je reviendrai le voir ; ce souvenir va rester gravé dans mes mémoires à jamais.

Patrice Neigraud

Texte écrit dans le cadre de l’atelier « Lorsque j’entrepris de me souvenir », le 26 juin au Pôle Mémoire de Montauban (82), pendant lequel nous avons vu quelques minutes du film Les lieux d’une fugue de Georges Perec… et parlé de nous.

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