Journal de bord de résidence

Elle se souvient du mot « mandoline » pour décrire le magasin car son grand-père lui avait dit : « on va à la mandoline » ou peut-être : « on va voir la mandoline ».
Elle se dirigea avec lui en face du carrousel et ils traversèrent la route. Elle pensait en marchant qu’ils se dirigeaient vers un parking, car c’était un établissement en sous-sol.

À l’intérieur étaient exposés des objets d’antiquité.
Elle ressentait l’ambiance à la fois chaude et froide : chaude par la température ambiante, froide par l’allure des objets qui ne signifiaient pas grand chose pour la petite fille de cinq ans.
C’étaient des objets anciens, qu’elle n’avait auparavant jamais vus. Elle perdait de vue parfois son grand-père entre les différents rayons et une angoisse montait alors en elle.

Elle était notamment en observation devant les objets en porcelaine, tandis que lui était fasciné par les instruments de musique.

Elle trouvait l’ambiance environnante de plus en plus froide en ressentant la mort des époques auxquelles ces objets devaient appartenir.

Après de longues minutes passées à l’intérieur, je languissais d’en sortir pour retrouver la fraîcheur de la ville vivante d’Aix-en-Provence car cela devenait étouffant de respirer l’odeur des objets du passé.

Virginie Davityan

Texte écrit dans le cadre de l’atelier « Lorsque j’entrepris de me souvenir », le 26 juin au Pôle Mémoire, pendant lequel nous avons vu quelques minutes du film Les lieux d’une fugue de Georges Perec… et parlé de nous.

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Hier, les élèves de CM2 de l’école Jules-Guesde recevaient une dernière fois dans leur classe, Antonin Crenn. Avant son départ de Montauban, l’auteur est venu avec un petit cadeau pour fêter la fin de cette année scolaire et surtout le beau travail accompli par tous en classe lors des séances de l’atelier d’écriture qu’il avait imaginé spécialement pour eux.

Un cadeau qu’aucun n’avait jamais reçu :
leur propre texte compilé et imprimé dans un livre ! Un vrai !

Les élèves avaient eux aussi une surprise à offrir à Antonin, il en parle sur son blog.

A la fin de cet échange émouvant pour toutes et tous, chacun est reparti avec dans son cartable un exemplaire de ce recueil de 15 textes intitulé La boîte du temps.

Nous avons plaisir à partager  ici l’intégralité du recueil avec vous !

Une lecture de cette histoire, accompagnée par Nathalie Vidal, comédienne et enregistrée par Mathieu Hornain, designer sonore, sera très prochainement disponible sur ce site.
Rendez-vous très bientôt pour entendre les voix de Alaa Eddine, Ambre, Axel, Camille, Clémence, Clotilde, Demba, Elrick, Enzo, Esteban, Garance, Hugo, Ilann, Lilly, Noah, Nouhayla, Thomas et Yliann.

Un grand bravo à eux !

 

La Boite Du Temps, Récit écrit par les élèves de la classe de Christelle Marty dans le cadre d'un atelier animé par Antonin Crenn pendant la résidence d'écriture "Tisser la mémoire, une histoire sans fin", Montauban (82)

 

 

 

 

Récit écrit par les élèves de la classe de Christelle Marty dans le cadre d’un atelier animé par Antonin Crenn pendant la résidence d’écriture “Tisser la mémoire, une histoire sans fin”, Montauban (82)

 

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A son arrivée à Montauban début juin, Antonin Crenn a été le premier à passer les portes des radios locales, donc les studios étaient malheureusement jusque-là fermés au public pour cause de confinement. Les journalistes recouvraient ainsi les joies du contact et du “terrain”.

Trois entretiens se sont donc succédés. Trois styles, trois univers radiophoniques durant lesquels Antonin Crenn nous fait part de son univers littéraire bien sûr, de son rapport avec la ville et les Montalbanais mais aussi de son travail pour cette résidence d’écriture qui restera dans sa mémoire et dans la notre.

Entretien avec Martine Calcinotto pour Radio Asso, Radio d’Oc, Antenne d’Oc et VFM (notre photo).

Entretien avec Rémy Torrolella de CFM.

Entretien avec Serge Cariven de Radio Association.

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Il y avait sept personnes dans la pièce : sept corps avec des pensées, des souvenirs et des émotions à l’intérieur. Il y avait des points communs entre nous, partagés par tous ou par quelques uns. Et puis des différences. On a joué à l’Autoportrait en empruntant son titre à Édouard Levé : en voici six aperçus (car le septième personnage n’a pas écrit, il a filmé et enregistré : on verra cela plus tard, n’est-ce pas Mathieu ?)

J’aime ma personnalité. Il m’arrive d’être narcissique, mais presque jamais égoïste. Quand je fuguais, ou lorsque je fais un voyage pathologique, ce n’est finalement que pour faire voyager mes problèmes. Un jour, quand j’étais petit, j’ai cassé une dent de ma meilleure amie, je le regrette affreusement. Parfois j’ai des visions. Anges ou démons, elfes ou trolls… ? J’adore le ping-pong. Étant enfant, mes parents m’emmenaient en voyage à Mimizan. J’aime être un gars ordinairement extraordinaire. J’adore les pizzas. J’ai adopté mon bide, au propre comme au figuré. J’ai visité le musée Dalí, en Espagne. J’adore Age of Empire, un jeu PC de mon « je » passé.

Tom

Je m’interroge souvent sur le sens de ce que je fais quand je commence à faire quelque chose. Je pense parfois qu’une chose et son contraire peuvent être vraies en même temps. Je suis rarement entièrement satisfait de ce que je fais. J’ai énormément de mal à faire la différence entre mes croyances et la réalité. Je crois parfois que les gens autour de moi savent sur moi des choses qu’ils n’ont pourtant aucune raison de savoir. J’ai l’impression que les difficultés que j’ai à vivre son des symboles de la décadence de la civilisation occidentale. J’ai du mal à imaginer un avenir qui me donne vraiment envie de vivre. J’ai du mal à finir les choses que je commence quand je perds de vue le sens qu’elles ont.

Joseph

J’ai toujours voulu inspirer les autres, mais jamais me faire commander. Je m’offusque intérieurement devant l’hypocrisie. J’aime les mots ou prénoms dont les sonorités me font penser à de la pâtisserie. J’adore les films historiques et biographiques. J’aime l’innocence des enfants et le franc-parler bienveillant des personnes âgées. Enfant, je préférais rester avec les adultes que les personnes de mon âge. J’aime boire du thé ou du café sur une terrasse ensoleillée. Je n’aime généralement pas les films fantastiques ou de science-fiction. J’ai fait de l’anorexie à quinze ans. J’adore la danse. Mes petits doigts sont anormalement courts. Je suis hyperlaxe. Je crois en la puissance des pierres et des arbres. J’aime dormir longtemps, mais je culpabilise assez rapidement. À la maternelle, j’avais gagné le concours de dessin de la kermesse.

Virginie

Je prends toujours mon petit-déjeuner avant ma douche, sauf les matins où j’ai une raison précise de faire l’inverse. Quand je vais de chez moi jusqu’ici, je viens toujours par le boulevard Garrisson, alors qu’au retour il m’arrive de prendre par le faubourg Lacapelle ; l’inverse n’est pas vrai. J’ai été deux fois à Toulouse, mais jamais à Bordeaux. Je n’ai pas de neveu ni de nièce, mais je connais quatre enfants qui m’appellent « tonton ». Il m’est arrivé plusieurs fois de me forcer à terminer la lecture d’un livre à laquelle je ne prenais pas de plaisir. À chaque fois que je porte un short, j’hésite avant de faire ce choix.

Antonin

J’ai vingt-trois ans. J’ai deux pieds et deux mains. Je ne voudrais jamais aller à New York : la faute au coronavirus et à Trump. Je ne suis jamais allé au Maroc ni au Bénin, mais je souhaiterais y aller un jour. Je bosse pour le FSB, la CIA et pour Don Quichotte réunis. Je n’ai presque pas de repos, je bosse comme un damné. Tous les jours, je me lève, je déjeune puis je me douche (pas forcément dans cet ordre). Je fus un lycéen d’Antoine-Bourdelle entre septembre 2012 et juin 2016. À cette époque, même là-bas, j’étais très agent secret, et à fond dans Harry Potter et l’espionnage. Je mets un survêtjama quand je ne me mets pas en pyjama pour dormir, à moins que ce soit l’inverse (je mets un pyjama pour dormir, quand je ne mets pas mon survêtjama ou un surshortjama). J’aime beaucoup faire venir la pluie, la fraîcheur et les nuages pour éviter une canicule folle. Oui, j’aime pas avoir trop chaud : les plus de 40 degrés, très peu pour moi. J’aime pas trop me sentir lourd et accablé par cette chaleur. J’aime aussi les marabouts et les chamans indiens faisant venir la pluie. Personnellement, j’aime mieux le froid polaire modéré, l’humidité tropicale (style Amazone) et la chaleur modérée que la chaleur extrême et surtout la sécheresse. Je préfère les chats aux chiens et les chameaux aux renards.

Lucas

Je suis né avec Alexandrie, Alexandra. J’ai deux amis, qui étaient la mort et la boulimie. J’étais un pharaon en Égypte. Je suis une porcelaine fragile. Je parle aux fantômes. Je voulais être un archéologue et professeur d’histoire. Je ne supporte pas les gens qui boivent. J’ai horreur de mon corps. Je suis fasciné par le mystère des endroits vieux et historiques. J’ai tué quelqu’un inconsciemment. J’ai rencontré un écrivain intriguant. J’adore les vieilles photos en noir et blanc. Je suis un grand comédien. J’ai un super pouvoir que personne ne sait.

Patrice

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Quand je suis venu à Montauban, j’ai vu beaucoup de maisons et j’ai vu des grands bâtiments où on est obligés de sonner. J’aimerais bien sortir tous les weekends et les mercredis, et j’aime bien jouer dehors, j’aime pas rester trop dedans.

Le chemin de la Coulée verte, je n’ai pas le droit d’y aller seul, j’y vais avec ma mère. J’y vais une fois par semaine et j’aime faire du vélo. J’aimerais bien avoir le droit d’y aller le soir, tout seul.

Encore plus loin que le plus long des chemins, des plus plats aux plus pentues des routes, si tu arrives jusque-là tu es émerveillé. À cent mètres de là, un magnifique lac avec des cascades, des arcs-en-ciels formés par le reflet de l’eau, de l’herbe aussi bien taillée que l’herbe d’un jardin anglais, chaque arbre bien aligné à même distance de l’autre. Un endroit magnifique, et en plus tu peux te baigner.

Je tremble en montant l’échelle. De cinquante mètres, la vue est super, mais la peur est toujours sur moi, et j’ai sauté avec la peur. Mais plus je descends, plus la peur s’en va. Au moment où je suis entré dans l’eau, je me suis senti comme un dauphin, une sirène.

Au début, on m’a mis des lunettes en forme de bretzel et, quand je suis retourné en cours d’escrime, je me suis changé et j’ai commencé mon assaut… Mais je voyais quelque chose : je voyais la prochaine attaque de mon adversaire.

Un joueur me prend et me met au milieu du terrain, me fait la passe, et je dois vraiment marquer le point. Tout le monde compte sur moi pour le dernier point.

Je marque, mais à un moment j’envoie le ballon très haut : il va dans la ville, donc je prends l’ascenseur pour aller le chercher. Je lui envoie, mais il atterrit dans le ruisseau.

Je ferai plus de parties, avec mes amis. Je viendrai tout le temps. Avec mes amis. Et à chaque fois qu’on gagne une partie, on gagne une tablette de chocolat.

Quelqu’un me tapote le dos. C’est ma nounou. Mais en fait, je me rends compte que ce n’est pas elle, c’est un extraterrestre. Je regarde si c’est bien ce que je pense. Et si c’est ça, je prends la fuite.

J’ai fait des grands gestes pour imiter ses ailes, puis j’ai crié pour imiter son cri. J’ai essayé de m’envoler et soudain, en l’imitant, je me suis vraiment envolé. Je me suis posé sur un arbre. Et là, je pousse un cri comme une pie et je me transforme en une pie. Mes parents étaient sous le choc de me voir voler comme une pie, ils étaient vraiment apeurés. Mon frère, pour la première fois, il pleura.

Et, je sais pas comment, on s’est réveillés dans une ferme. Deux personnes nous regardaient bizarrement. Elles étaient habillées d’une manière étrange. On aurait dit qu’on était dans le passé, et ce n’est qu’en allant en ville que j’ai compris qu’on y était vraiment, parce qu’il y avait un panneau qui disait qu’on était en 1914, qu’on était en début de guerre mondiale.

« Liste : trois planches de bois, cinquante clous, une perceuse, trente vis. Quand même, ça coûte 33,05 €. Avec tout ça, je vais fabriquer un mini tabouret. Ça va me servir. »

Je ne comprenais rien de ce qu’il disait. Mais je me souviens que j’avais tourné un film il n’y a pas très longtemps. En me souvenant de ça, j’ai voulu tout arrêter, mais un Indien m’a dit qu’il ne fallait pas arrêter. Je l’ai écouté et il avait raison.

« Tu rentres chez toi et reviens de temps en temps, pour te faire plaisir ».

Le billet d’aujourd’hui, ce n’est pas vraiment moi qui l’ai écrit. J’étais tellement content de l’atelier de cet après-midi, avec les CM2 de l’école Jules-Guesde (quel soulagement de pouvoir les rencontrer en vrai plutôt que sur écran !) que j’ai seulement eu envie de relire leurs textes. Ils sont vachement bien. J’y ai pioché quelques phrases (celles que j’ai envie de reprendre à mon compte) et les ai mises bout à bout. Chaque paragraphe est volé à un enfant différent. J’espère qu’ils ne me reprocheront pas ce pillage.

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C’était un jeu. J’avais imaginé les règles de ce jeu : écrire une histoire qui se passe dans une rue de Montauban. La rue de votre choix. Mais il y avait une contrainte forte, dans ce jeu, et ce n’est pas moi qui l’avais décidée : on ne pouvait pas parcourir cette rue librement, parce qu’il fallait rester confinés. Alors, je vous ai proposé d’écrire à partir de vos propres souvenirs, d’une part, et des images de cette rue montalbanaise figées par Google Street View, d’autre part. Quelle déception ! devoir visiter un lieu qu’on connaît si bien, à travers son écran… Quelle expérience fascinante, aussi. Un décalage entre les souvenirs, si intimes, et cette étrange réalité froide… De ce décalage pouvait naître une fiction. Ou pas. Un sentiment, une émotion. D’autres souvenirs. Une incompréhension. Quelque chose, du moins, sur laquelle vous avez pu écrire.

Merci pour votre participation ! J’avais  dit : « Chaque texte sera comme une pièce du puzzle. » Voici le puzzle complété : vingt textes, situés dans vingt lieux de Montauban. Une cartographie subjective écrite par vingt Montalbanais et Montalbanaises… À vous de parcourir ces histoires de la façon qui vous plaira :

  • en explorant la carte ci-dessous ;
  • en naviguant dans le sommaire, plus bas ;
  • en téléchargeant l’ensemble des textes ici : Il y a une histoire dans cette rue (au format PDF)

Les textes :

  1. Cédric Doumerc, Le temps d’un soupir
  2. Aurore Valmary, Capsule
  3. Timothée Decomps, Notes sur la rue de l’Hôtel-de-Ville
  4. Adriana De Bortoli, Intrusions
  5. Bernard Marlier, Le monde souterrain de la rue de la Mandoune
  6. Alixe A.-Acquier, Où est passée Leïka ?
  7. Chanchan, Les jardins ouvriers de la rue Issanchou
  8. Didier Décomps, À petit pas, apriori, le trésor de la ville de Montauban
  9. Émilie Villachon, Rue de la carte bancaire vide
  10. Jeannette Brissieux, Ma rue
  11. L., Les bulles tchèques
  12. Joëlle Faure, La boutique des frères Bonis
  13. Jonathan Wayne, La rue de mon père
  14. Laurent Brissieux, Rue de la Mandoune, entre le pont des Consuls et le Pont-Vieux
  15. Mabie, Inoubliable mystère de la rue Léon-Cladel
  16. Nathalie Belardi, Derrière les portes
  17. Sophie Greco, Les drapiers
  18. Jacques Eglem, Au rond-point, faites demi-tour !
  19. Micheline Boursiac-Petit, De La Fontaine à la Comédie
  20. Anna Bringuy, Rencontres confinées
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