Journal de bord de résidence

A son arrivée à Montauban début juin, Antonin Crenn a été le premier à passer les portes des radios locales, donc les studios étaient malheureusement jusque-là fermés au public pour cause de confinement. Les journalistes recouvraient ainsi les joies du contact et du “terrain”.

Trois entretiens se sont donc succédés. Trois styles, trois univers radiophoniques durant lesquels Antonin Crenn nous fait part de son univers littéraire bien sûr, de son rapport avec la ville et les Montalbanais mais aussi de son travail pour cette résidence d’écriture qui restera dans sa mémoire et dans la notre.

Entretien avec Martine Calcinotto pour Radio Asso, Radio d’Oc, Antenne d’Oc et VFM (notre photo).

Entretien avec Rémy Torrolella de CFM.

Entretien avec Serge Cariven de Radio Association.

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Il y avait sept personnes dans la pièce : sept corps avec des pensées, des souvenirs et des émotions à l’intérieur. Il y avait des points communs entre nous, partagés par tous ou par quelques uns. Et puis des différences. On a joué à l’Autoportrait en empruntant son titre à Édouard Levé : en voici six aperçus (car le septième personnage n’a pas écrit, il a filmé et enregistré : on verra cela plus tard, n’est-ce pas Mathieu ?)

J’aime ma personnalité. Il m’arrive d’être narcissique, mais presque jamais égoïste. Quand je fuguais, ou lorsque je fais un voyage pathologique, ce n’est finalement que pour faire voyager mes problèmes. Un jour, quand j’étais petit, j’ai cassé une dent de ma meilleure amie, je le regrette affreusement. Parfois j’ai des visions. Anges ou démons, elfes ou trolls… ? J’adore le ping-pong. Étant enfant, mes parents m’emmenaient en voyage à Mimizan. J’aime être un gars ordinairement extraordinaire. J’adore les pizzas. J’ai adopté mon bide, au propre comme au figuré. J’ai visité le musée Dalí, en Espagne. J’adore Age of Empire, un jeu PC de mon « je » passé.

Tom

Je m’interroge souvent sur le sens de ce que je fais quand je commence à faire quelque chose. Je pense parfois qu’une chose et son contraire peuvent être vraies en même temps. Je suis rarement entièrement satisfait de ce que je fais. J’ai énormément de mal à faire la différence entre mes croyances et la réalité. Je crois parfois que les gens autour de moi savent sur moi des choses qu’ils n’ont pourtant aucune raison de savoir. J’ai l’impression que les difficultés que j’ai à vivre son des symboles de la décadence de la civilisation occidentale. J’ai du mal à imaginer un avenir qui me donne vraiment envie de vivre. J’ai du mal à finir les choses que je commence quand je perds de vue le sens qu’elles ont.

Joseph

J’ai toujours voulu inspirer les autres, mais jamais me faire commander. Je m’offusque intérieurement devant l’hypocrisie. J’aime les mots ou prénoms dont les sonorités me font penser à de la pâtisserie. J’adore les films historiques et biographiques. J’aime l’innocence des enfants et le franc-parler bienveillant des personnes âgées. Enfant, je préférais rester avec les adultes que les personnes de mon âge. J’aime boire du thé ou du café sur une terrasse ensoleillée. Je n’aime généralement pas les films fantastiques ou de science-fiction. J’ai fait de l’anorexie à quinze ans. J’adore la danse. Mes petits doigts sont anormalement courts. Je suis hyperlaxe. Je crois en la puissance des pierres et des arbres. J’aime dormir longtemps, mais je culpabilise assez rapidement. À la maternelle, j’avais gagné le concours de dessin de la kermesse.

Virginie

Je prends toujours mon petit-déjeuner avant ma douche, sauf les matins où j’ai une raison précise de faire l’inverse. Quand je vais de chez moi jusqu’ici, je viens toujours par le boulevard Garrisson, alors qu’au retour il m’arrive de prendre par le faubourg Lacapelle ; l’inverse n’est pas vrai. J’ai été deux fois à Toulouse, mais jamais à Bordeaux. Je n’ai pas de neveu ni de nièce, mais je connais quatre enfants qui m’appellent « tonton ». Il m’est arrivé plusieurs fois de me forcer à terminer la lecture d’un livre à laquelle je ne prenais pas de plaisir. À chaque fois que je porte un short, j’hésite avant de faire ce choix.

Antonin

J’ai vingt-trois ans. J’ai deux pieds et deux mains. Je ne voudrais jamais aller à New York : la faute au coronavirus et à Trump. Je ne suis jamais allé au Maroc ni au Bénin, mais je souhaiterais y aller un jour. Je bosse pour le FSB, la CIA et pour Don Quichotte réunis. Je n’ai presque pas de repos, je bosse comme un damné. Tous les jours, je me lève, je déjeune puis je me douche (pas forcément dans cet ordre). Je fus un lycéen d’Antoine-Bourdelle entre septembre 2012 et juin 2016. À cette époque, même là-bas, j’étais très agent secret, et à fond dans Harry Potter et l’espionnage. Je mets un survêtjama quand je ne me mets pas en pyjama pour dormir, à moins que ce soit l’inverse (je mets un pyjama pour dormir, quand je ne mets pas mon survêtjama ou un surshortjama). J’aime beaucoup faire venir la pluie, la fraîcheur et les nuages pour éviter une canicule folle. Oui, j’aime pas avoir trop chaud : les plus de 40 degrés, très peu pour moi. J’aime pas trop me sentir lourd et accablé par cette chaleur. J’aime aussi les marabouts et les chamans indiens faisant venir la pluie. Personnellement, j’aime mieux le froid polaire modéré, l’humidité tropicale (style Amazone) et la chaleur modérée que la chaleur extrême et surtout la sécheresse. Je préfère les chats aux chiens et les chameaux aux renards.

Lucas

Je suis né avec Alexandrie, Alexandra. J’ai deux amis, qui étaient la mort et la boulimie. J’étais un pharaon en Égypte. Je suis une porcelaine fragile. Je parle aux fantômes. Je voulais être un archéologue et professeur d’histoire. Je ne supporte pas les gens qui boivent. J’ai horreur de mon corps. Je suis fasciné par le mystère des endroits vieux et historiques. J’ai tué quelqu’un inconsciemment. J’ai rencontré un écrivain intriguant. J’adore les vieilles photos en noir et blanc. Je suis un grand comédien. J’ai un super pouvoir que personne ne sait.

Patrice

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Quand je suis venu à Montauban, j’ai vu beaucoup de maisons et j’ai vu des grands bâtiments où on est obligés de sonner. J’aimerais bien sortir tous les weekends et les mercredis, et j’aime bien jouer dehors, j’aime pas rester trop dedans.

Le chemin de la Coulée verte, je n’ai pas le droit d’y aller seul, j’y vais avec ma mère. J’y vais une fois par semaine et j’aime faire du vélo. J’aimerais bien avoir le droit d’y aller le soir, tout seul.

Encore plus loin que le plus long des chemins, des plus plats aux plus pentues des routes, si tu arrives jusque-là tu es émerveillé. À cent mètres de là, un magnifique lac avec des cascades, des arcs-en-ciels formés par le reflet de l’eau, de l’herbe aussi bien taillée que l’herbe d’un jardin anglais, chaque arbre bien aligné à même distance de l’autre. Un endroit magnifique, et en plus tu peux te baigner.

Je tremble en montant l’échelle. De cinquante mètres, la vue est super, mais la peur est toujours sur moi, et j’ai sauté avec la peur. Mais plus je descends, plus la peur s’en va. Au moment où je suis entré dans l’eau, je me suis senti comme un dauphin, une sirène.

Au début, on m’a mis des lunettes en forme de bretzel et, quand je suis retourné en cours d’escrime, je me suis changé et j’ai commencé mon assaut… Mais je voyais quelque chose : je voyais la prochaine attaque de mon adversaire.

Un joueur me prend et me met au milieu du terrain, me fait la passe, et je dois vraiment marquer le point. Tout le monde compte sur moi pour le dernier point.

Je marque, mais à un moment j’envoie le ballon très haut : il va dans la ville, donc je prends l’ascenseur pour aller le chercher. Je lui envoie, mais il atterrit dans le ruisseau.

Je ferai plus de parties, avec mes amis. Je viendrai tout le temps. Avec mes amis. Et à chaque fois qu’on gagne une partie, on gagne une tablette de chocolat.

Quelqu’un me tapote le dos. C’est ma nounou. Mais en fait, je me rends compte que ce n’est pas elle, c’est un extraterrestre. Je regarde si c’est bien ce que je pense. Et si c’est ça, je prends la fuite.

J’ai fait des grands gestes pour imiter ses ailes, puis j’ai crié pour imiter son cri. J’ai essayé de m’envoler et soudain, en l’imitant, je me suis vraiment envolé. Je me suis posé sur un arbre. Et là, je pousse un cri comme une pie et je me transforme en une pie. Mes parents étaient sous le choc de me voir voler comme une pie, ils étaient vraiment apeurés. Mon frère, pour la première fois, il pleura.

Et, je sais pas comment, on s’est réveillés dans une ferme. Deux personnes nous regardaient bizarrement. Elles étaient habillées d’une manière étrange. On aurait dit qu’on était dans le passé, et ce n’est qu’en allant en ville que j’ai compris qu’on y était vraiment, parce qu’il y avait un panneau qui disait qu’on était en 1914, qu’on était en début de guerre mondiale.

« Liste : trois planches de bois, cinquante clous, une perceuse, trente vis. Quand même, ça coûte 33,05 €. Avec tout ça, je vais fabriquer un mini tabouret. Ça va me servir. »

Je ne comprenais rien de ce qu’il disait. Mais je me souviens que j’avais tourné un film il n’y a pas très longtemps. En me souvenant de ça, j’ai voulu tout arrêter, mais un Indien m’a dit qu’il ne fallait pas arrêter. Je l’ai écouté et il avait raison.

« Tu rentres chez toi et reviens de temps en temps, pour te faire plaisir ».

Le billet d’aujourd’hui, ce n’est pas vraiment moi qui l’ai écrit. J’étais tellement content de l’atelier de cet après-midi, avec les CM2 de l’école Jules-Guesde (quel soulagement de pouvoir les rencontrer en vrai plutôt que sur écran !) que j’ai seulement eu envie de relire leurs textes. Ils sont vachement bien. J’y ai pioché quelques phrases (celles que j’ai envie de reprendre à mon compte) et les ai mises bout à bout. Chaque paragraphe est volé à un enfant différent. J’espère qu’ils ne me reprocheront pas ce pillage.

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C’était un jeu. J’avais imaginé les règles de ce jeu : écrire une histoire qui se passe dans une rue de Montauban. La rue de votre choix. Mais il y avait une contrainte forte, dans ce jeu, et ce n’est pas moi qui l’avais décidée : on ne pouvait pas parcourir cette rue librement, parce qu’il fallait rester confinés. Alors, je vous ai proposé d’écrire à partir de vos propres souvenirs, d’une part, et des images de cette rue montalbanaise figées par Google Street View, d’autre part. Quelle déception ! devoir visiter un lieu qu’on connaît si bien, à travers son écran… Quelle expérience fascinante, aussi. Un décalage entre les souvenirs, si intimes, et cette étrange réalité froide… De ce décalage pouvait naître une fiction. Ou pas. Un sentiment, une émotion. D’autres souvenirs. Une incompréhension. Quelque chose, du moins, sur laquelle vous avez pu écrire.

Merci pour votre participation ! J’avais  dit : « Chaque texte sera comme une pièce du puzzle. » Voici le puzzle complété : vingt textes, situés dans vingt lieux de Montauban. Une cartographie subjective écrite par vingt Montalbanais et Montalbanaises… À vous de parcourir ces histoires de la façon qui vous plaira :

  • en explorant la carte ci-dessous ;
  • en naviguant dans le sommaire, plus bas ;
  • en téléchargeant l’ensemble des textes ici : Il y a une histoire dans cette rue (au format PDF)

Les textes :

  1. Cédric Doumerc, Le temps d’un soupir
  2. Aurore Valmary, Capsule
  3. Timothée Decomps, Notes sur la rue de l’Hôtel-de-Ville
  4. Adriana De Bortoli, Intrusions
  5. Bernard Marlier, Le monde souterrain de la rue de la Mandoune
  6. Alixe A.-Acquier, Où est passée Leïka ?
  7. Chanchan, Les jardins ouvriers de la rue Issanchou
  8. Didier Décomps, À petit pas, apriori, le trésor de la ville de Montauban
  9. Émilie Villachon, Rue de la carte bancaire vide
  10. Jeannette Brissieux, Ma rue
  11. L., Les bulles tchèques
  12. Joëlle Faure, La boutique des frères Bonis
  13. Jonathan Wayne, La rue de mon père
  14. Laurent Brissieux, Rue de la Mandoune, entre le pont des Consuls et le Pont-Vieux
  15. Mabie, Inoubliable mystère de la rue Léon-Cladel
  16. Nathalie Belardi, Derrière les portes
  17. Sophie Greco, Les drapiers
  18. Jacques Eglem, Au rond-point, faites demi-tour !
  19. Micheline Boursiac-Petit, De La Fontaine à la Comédie
  20. Anna Bringuy, Rencontres confinées
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Avant le début officiel de la nouvelle résidence d’auteur de Montauban, le 9 mars 2020, l’équipe du Pôle Mémoire avait déjà eu l’occasion de rencontrer Antonin Crenn.

En prémices à cette future résidence, il était venu passer deux jours à Montauban en décembre 2019 afin de découvrir la ville, les différents partenaires et son futur lieu de résidence : le Pôle Mémoire.

Sur une demi-journée, l’équipe a exposé les missions principales des trois entités patrimoniales composant le Pôle Mémoire (Archives municipales, Mémo-Patrimoine, Musée de la Résistance et du Combattant) :

  • Collecter c’est-à-dire recueillir auprès des services municipaux ou de personnes privées la mémoire de la ville qu’elle soit écrite (correspondance, dossiers de travail, manuscrits, imprimés), graphique (affiches, lithographies, plans, cartes postales, photographies…), sonore, visuelle ou numérique (témoignages, films, marchés publics dématérialisés, photographies numériques…).

  • Classer toute cette matière afin de pouvoir retrouver l’information qu’elle contient au moment opportun.

  • Conserver pour les siècles à venir dans des conditions strictement réglementées (des magasins à 18°c et à 50% d’humidité relative).

  • Communiquer, en salle de lecture, au public, qu’il soit chercheur universitaire ou simple curieux féru d’histoire locale, administré désireux de prouver ses droits ou service municipal à la recherche de ce qui a été réalisé par le passé.

  • Valoriser au travers d’expositions mais aussi de nos Heures de la découverte, de notre politique de numérisation et de la mise en ligne sur nos sites Internet, de posts sur les réseaux sociaux et lors des événements nationaux comme la Nuit des Musées ou les Journées Européennes du Patrimoine

Et pour illustrer tout cela, sur cette toute petite demi-journée, Antonin Crenn a visité plusieurs magasins, admiré des plaques de verre, des ouvrages du XVIIe siècle, de très lourds registres de délibérations du conseil municipal du XVIIIe siècle, un plan de la porte triomphale du pont Vieux aujourd’hui disparue, et a bénéficié d’une visite guidée de l’exposition permanente du Musée de la Résistance et du Combattant.

On le constate, un vaste programme et de nombreuses informations sur un laps de temps très court. Une première approche sur ce qu’il allait pouvoir découvrir davantage en profondeur pendant ses 10 semaines de résidence…

 

 

 

 

 

 

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Je vous propose ce jeu, cette expérience : cet atelier d’écriture à distance. Tout ce que j’ai à vous dire, pour vous accompagner dans ce jeu, est dans la vidéo ci-dessous.

Quand vous l’aurez déjà vue, n’hésitez pas à la revoir directement sur YouTube grâce à ce lien, pour utiliser le sommaire interactif et accéder directement au passage que vous voulez revoir. La suite de cet article reprend grosso modo le contenu de la vidéo, et indique les liens pour télécharger ou consulter les références citées.

Les règles du jeu

L’objectif : écrire une histoire brève, qui se déroule dans un lieu que vous connaissez.

Je tiens à ce mot : une « histoire ». Ce mot est suffisamment vaste pour vous permettre d’écrire une histoire réelle, vécue, ou imaginaire. Dans tous les cas, quel que soit votre choix, je voudrais que vous écriviez une histoire situés à la frontière du souvenir et de la fiction.

Le lieu où cette histoire se passe, c’est une rue, à Montauban.

Je crois à cette pratique de la création sous contrainte : pour jouer un jeu, il y a toujours des règles à respecter. Je vous donne donc quelques contraintes, qui sont les règles du jeu.

La contrainte principale, ce n’est pas moi qui vous la donne : c’est le contexte dans lequel nous vivons actuellement : le confinement. Vous allez écrire au sujet d’une rue dans laquelle vous ne pouvez pas vous rendre en ce moment. Vous allez donc être obligés de vous fier à deux sources documentaires :

  • votre mémoire ;
  • les images de Google Street View.

Dans votre mémoire, vous trouverez des images, des sensations, des impressions, des couleurs, des sons, le souvenir de choses que vous avez faites dans ce lieu. Ces détails vous appartiennent, ils sont uniques parce qu’ils sont liés à votre sensibilité.

Sur les images de Google Street View, vous ne retrouverez rien de tout cela. Vous verrez une réalité soi-disant objective, c’est-à-dire que vous verrez ce même lieu, mais non plus déformé par votre sensibilité, mais déformé par le traitement froid et automatique du robot de Google.

Accédez à Google Street View

Ces images de Street View ne sont pas la réalité, elles sont une version possible de la réalité. Les lieux sont figés tels qu’ils étaient au moment du passage de la voiture Google, parfois il y a plusieurs années (vous pouvez d’ailleurs, le plus souvent, remonter le temps, en choisissant l’année du passage de la voiture Google dans le menu). Il y a quelque chose de dérangeant et de fascinant à la fois dans ces images, à cause des personnes qui sont capturées à leur insu, dont les visages sont floutés, comme des fantômes. Elles me font penser à ces photos anciennes, lorsque les temps de pose étaient très longs, et que les personnes qui ne savaient pas quelles étaient photographiées ne prenaient pas la pose, et bougeaient. Elles apparaissent alors floues, comme des fantômes.

 

Dans cet atelier, il ne s’agit pas d’écrire seulement une description, mais de raconter une histoire. Et c’est du décalage entre ces deux sources (votre souvenir et Street View) que va naître une histoire.

Je voudrais vous faire lire trois extraits de textes où il est question de décalage, justement. Décalage dans le temps, dans la mémoire, décalage entre le lieu observé dans le présent et le lieu du souvenir, ou de l’absence de souvenir. Décalage, également, entre le temps de l’écriture et celui de la lecture. L’écriture, c’est aussi cela : un rapport permanent à l’absence et à la présence. Au temps, à la disparition.

Les références

Les textes que je vous propose à télécharger ici en PDF :

  • un extrait de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec
  • un extrait de mon prochain roman : Les présents
  • un extrait de La ville soûle de Christophe Grossi
  • le quatrième extrait est encore de Georges Perec, dans Espèces d’espaces : je vous le propose parce qu’il pose toutes les questions qui pourront vous guider lorsqu’il s’agira de décrire votre lieu.

Puis, à propos de Google Street View, je vous invite à visiter :

Il ne s’agit pas de prendre ces textes comme modèles, mais seulement de s’imprégner des sensations qui sont décrites. Ce que vous allez écrire ensuite, vous, sera tout à fait différent de ce qui est écrit dans ces textes.

C’est maintenant que vous commencez à jouer. Voici les règle du jeu, dans l’ordre :

1re étape : le lieu

Choisissez une rue, située à Montauban. Ne la choisissez pas au hasard : je souhaite que cette rue soit importante pour vous. Soit parce que vous la connaissez bien, soit parce qu’elle est liée à un souvenir précis. Je souhaite que cette rue soit _votre_ rue.

2e étape : décrire cette rue

Sur une feuille, notez des mots, des bribes, des phrases. Il ne s’agit pas encore de construire un texte, mais de jeter des idées, des impressions, des sensations. Des détails. Inspirez-vous de la liste proposée par Georges Perec dans Espèces d’espaces.
Séparez votre feuille en deux parties.
Sur l’une, faites ce jeu à partir de votre souvenir : décrivez la rue de mémoire. Notez aussi des événements, des souvenirs qui y sont liés.
Sur l’autre partie, décrivez ce que vous voyez sur Google Street View. Notez en particulier les différences, les choses qui vous étonnent, qui vous dérangent. Prêtez attention aux personnages. À ce qu’ils sont en train de faire. À leurs visages flous. Que ressentez-vous, en redécouvrant votre rue sur ces images virtuelles ? Est-ce amusant ? Fascinant ? Dérangeant ? Ennuyeux ?

3e étape : écrire au conditionnel

« On serait des bandits » : lorsqu’il jouent, les enfants parlent au conditionnel. Jouons, nous aussi. Écrivez sur votre feuille une série de phrases au conditionnel, en répondant à ces questions : On serait en train de se promener dans cette rue. Que verrait-on ? Les personnages flous aperçus sur Street View, qui seraient-ils ? Que seraient-ils en train de faire ? Où iraient-ils ? Leur parlerait-on ? Irait-on au même endroit qu’eux ?
Même chose à propos de la rue que vous avez en mémoire. Qu’avez-vous fait dans cet endroit ? Qu’auriez-vous pu faire ? Que feriez-vous si vous la parcouriez à nouveau ? Ou iriez-vous ? Pourquoi ?

4e étape : identifier votre sujet

Sur votre feuille, vous avez noté beaucoup de choses. Certaines de ces choses vous intéressent plus que d’autres. À vous de choisir, désormais ! Identifiez les points les plus importants pour vous :

  • dans vos descriptions, quels détails vous intéressent vraiment ? Laissez de côté tout ce qui ne vous intéresse pas
  • dans l’observation de Street View, quels sentiments avez-vous éprouvés ? Gardez-les pour donner une couleur à votre histoire
  • parmi les événements que vous avez listés (choses réellement advenues dans vos souvenirs et/ou imaginées à partir de Street View), quels sont ceux que vous avez vraiment envie de raconter ?

5e étape : écrire votre histoire

Maintenant, vous avez identifié votre histoire. À vous de l’écrire, en quelques lignes.
Vous pouvez chercher un titre dès maintenant, si vous voulez. Parfois, cela aide à écrire l’histoire, comme un guide.
Le résultat sera bref et très simple : ce sera un récit à cheval sur le souvenir et la fiction, car tous les récits sont toujours à la frontière du réel et de l’imaginaire, qu’on le veuille ou non. À vous de choisir de pencher un peu plus d’un côté, ou de l’autre.

Le texte prendra cette forme :

  • un titre
  • le lieu, clairement identifié
  • un texte narratif bref, racontant l’événement de votre choix.

Finalement, vous voyez : le sujet est assez libre. Mais il était important pour moi de vous expliquer d’abord ces références, et ces méthodes que je vous propose. Elles vous donnent un guide, des pistes. Ces pistes étant communes à tous les participants de l’atelier, elles donneront une sorte d’unité aux textes qui, par ailleurs, seront très divers entre eux, parce que vous aurez puisé vos idées dans vos souvenirs personnels, et dans ce que vous aurez vu et ressenti, vous, sur les images que vous aurez exploré.

Chaque petit texte sera comme une pièce du puzzle. Ils seront publiés, tous ensemble. Et c’est l’assemblage de toutes ces histoires, ancrées dans plusieurs époques, dans différents lieux de Montauban, dans le souvenir et dans la fiction, qui constituera le puzzle. C’est donc bien un jeu, que je vous propose de jouer avec moi.

6e étape : Envoyer votre texte

Pour partager votre histoire avec Antonin Crenn et les lecteurs du « Journal de la résidence », votre texte doit :

  • être d’une longueur comprise entre 2000 et 4000 signes environ
  • être envoyé par mail à contact@residence-ecriture-montauban.org  avant le 6 mai 2020
  • être signé du nom ou pseudonyme tel que vous voulez le faire apparaître lors de sa publication

L’envoi de votre texte implique que vous acceptez qu’il soit diffusé dans le cadre de la résidence d’écriture « Tisser la mémoire, une histoire sans fin », et notamment sur le blog residence-ecriture-montauban.org. Cette publication ne fera l’objet d’aucune rémunération ultérieure. Vous restez bien sûr entièrement propriétaire de votre texte.

Conformément à la règlementation générale relative à la protection des données personnelles (RGPD), vous pouvez exercer votre droit d’accès, de modification, de suppression, de limitation, d’opposition ou de portabilité, en écrivant à contact@residence-ecriture-montauban.org ou à dpo-ville@ville-montauban.fr.

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