Journal de bord de résidence

Jeudi 12 mars, tout juste sorti de sa première rencontre à La Petite Comédie, et de sa lecture des Bandits, Antonin Crenn se retrouve au micro de Hugo Crouzet pour Radio Asso.

Pas à pas, au fur et à mesure des questions et des extraits audio de la soirée, le jeune auteur explique son travail et ses sujets de prédilection. Qui est-il ? Quels sont ses projets ? Quel regard pose t-il sur les choses autour de lui? Il explique alors le cadre de la résidence d’écriture et pourquoi elle lui semblait “faite pour lui”…

Une interview à retrouver ci-dessous :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Intrigué par un tout nouveau visage montalbanais, le public s’est rendu le jeudi 12 mars à La petite comédie pour découvrir Antonin Crenn.
Cette soirée de lancement de la résidence, où une cinquantaine de personnes se sont déplacées, a été l’occasion de rencontrer ce jeune auteur pour échanger autour de ses écrits.
Pour que le public se familiarise avec son univers, Antonin Crenn accompagné de Mathieu Hornain, designer sonore, a proposé une lecture musicale de son ouvrage Les bandits, éditions Lunatique, 2017. Chacun s’est retrouvé plongé dans un récit aussi vivant qu’émouvant lu à voix haute, ponctué de musique et d’effets sonores, créés spécialement pour l’occasion par Mathieu Hornain.
Simple et touchante, cette lecture radiophonique fût un moment superbe.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Après un premier séjour de quelques jours en décembre dernier pour préparer la résidence, Antonin Creen est montalbanais depuis lundi 9 mars.

Visites du centre ville, au Pôle Mémoire… Antonin prend ses marques pour cette première période de 5 semaines.
Il rencontre Mathieu Hornain, designer sonore avec qui il va préparer une lecture lors de la sa première rencontre tout public du jeudi 12 mars, à La petite comédie.
Outre son travail de création personnelle, il est prévu qu’Antonin anime des ateliers d’écritures avec différents publics :
– une classe de CM2 de l’école Jules Guesde,
– des collégiens avec l’association de soutien scolaire AMISS,
– un groupe en alphabétisation du centre social de la Comète
– mais aussi,  un groupe constitué de femmes  accompagnées par la Régie de quartier Montauban Services, d’adolescents accompagnées par la Protection judiciaire pour la jeunesse, de personnes de l’ADIAD (Association départementale pour l’insertion d’adultes en difficulté) et des participants aux activités du Pont des savoirs.
Suite à la rencontre avec les responsables des différents structures en décembre, Antonin a proposé pour chaque groupe un travail d’écriture spécifique qui sera complété par l’intervention d’une comédienne pour un travail de lecture à voix haute, d’un designer sonore pour une création sonore ou encore d’un calligraphe / typographe pour une création plastique.

Ce matin, un petit groupe a bénéficié d’une visite guidée du Pôle Mémoire. D’autres participants aux futurs ateliers avaient eu la chance de le découvrir lors d’une première visite aux partenaires en décembre dernier.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Antonin Crenn écrit chaque jour un billet sur son blog. Il y décrit son confinement, son quotidien solitaire, les réflexions qui l’habitent. Il lit, écrit, travaille. Il tisse aussi des liens avec les Montalbanais. Les confinés, comme lui, mais aussi ceux du passé. En effet, il « plonge dans le bain des archives municipales numérisées », enquêtant, par exemple, sur la vie de Jean et Jacques Larroque, tous deux nés à Montauban en 1850. Tente de « donner chair » à de nouveaux personnages. Il se filme aussi dans son appartement en train de lire à voix haute des extraits de textes qu’il a écrits précédemment.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Antonin Crenn dans son appartement montalbanais
Antonin Crenn dans son appartement montalbanais

L’auteur lauréat de la résidence d’écriture « Tisser la mémoire : une histoire sans fin », Antonin Crenn s’est installé aujourd’hui à Montauban.
Il propose un projet de création personnelle et collective en s’immergeant dans l’environnement de son lieu de résidence et en particulier dans l’univers distinct du Pôle Mémoire (particularités et évolutions de ses missions, variété des fonds et collections conservés, spécificité du vocabulaire professionnel usité…).
Il s’engage également dans une démarche expérimentale d’éducation artistique et culturelle, donnant à voir et à comprendre la recherche artistique qui l’anime ainsi que les processus de création qu’il met en œuvre.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email

par Cédric Doumerc

Combien de fois ai-je reparcouru ces chemins de mon passé pour supporter mieux le présent ? Pas les plus beaux ni les plus dignes, non, ceux qui ont importé pour moi. Ainsi, nos jours étant ce qu’ils sont, je ne peux retenir mon esprit, l’empêcher de partir en quête de la langueur de mes hiers et l’enchaîner à ce corps confiné.

Et par quelle rue entamer mes pérégrinations sinon celle qui m’a vu découvrir le monde ? De ce garage dont le portail grinçait tant, avenue de Toulouse à l’église de Villebourbon… C’est là que mon cœur a commencé de battre.

Si demain je pouvais, je partirais tôt, aussi tôt que lorsque je partais pour le collège, un pantalon trop grand à la ceinture, qui s’accordéonait sous mes baskets, qui se déchirait sous leur talon. Le bruit de mes pas pour compagnon.

Le Tarn est rivière d’or lorsque le soleil étend ses rayons. S’échouant sur les façades qui bordent le cours d’eau, la lumière survole l’avenue et caresse les rares trains qui défient l’heure matinale.

Je croiserais la boulangerie aux couleurs criardes qui a fini par évincer le bâtiment blanc à l’abandon qu’était devenu la station-service de mon grand-père, celle-là même dont je me souviens sans l’avoir jamais vue.

Avant de la traverser sans la voir, l’écho de la dernière écluse du canal me parviendrait de dessous la route, et le vacarme de l’eau qui résonne sur les murs de briques. Là-dessous, on ne s’entend pas parler, mais là où les cœurs se dévêtent il n’est nul besoin de paroles.

Mes souvenirs seraient plus rapides que mes pas, je serais déjà sur la jetée du club d’aviron, sous les lettres bâtons du Club Nautique où l’on a fabriqué des u avec ces v qui me gênaient tant alors que j’apprenais à lire.

Les terrains de tennis ont disparu depuis longtemps déjà, recouverts par le goudron d’un parking vide, emprisonnant avec eux les souvenirs de ces après-midi où les rires l’emportaient sur le challenge.

J’allumerais une cigarette à l’endroit où des années plus tôt j’attendais l’élue de mon cœur adolescent. Curieuse analogie. Les premières cigarettes ont cela de commun avec les premières amours que jamais plus elles n’auront la même saveur.

Une autre station-service muée en boulangerie au delta des quais Poult et de l’avenue Marceau-Hamecher. Les stations-service se transforment-elles toujours en boulangerie lorsqu’elles disparaissent ?

Je me glisserais derrière, dans ce passage qui n’a rien de secret sinon sa capacité à les garder. Un restaurant, un salon de massage, disparus, remplacés, sans que je les aie vus naitre. Je dépasserais sur ma gauche le deuxième souterrain qui jalonne la route de mes souvenirs. Je réaliserais peut-être que ces tunnels obscurs ne sont pas pour rien dans mon goût pour le mystère.

La rue du Moulin me donnerait à voir les restes calcinés de l’édifice auquel elle doit son nom, où nous pénétrions, par l’arrière, en secret, en équilibre sur les arbres, les poutres métalliques, jusqu’à courir à travers les étages à l’abandon. Ivres de ce sentiment impertinent de l’enfance que rien n’est interdit que ce que l’on s’interdit.

Étrange… Les deux boulangeries de l’avenue ont définitivement tiré leurs rideaux sans qu’aucune ne devienne une station-service. Peut-être le charme n’est-il pas réciproque.

Autrefois, alors que le soleil n’avait pas encore investi la rue, seulement l’une d’elles était ouverte, et l’odeur des chocolatines des Robert parfumait tout le quartier. Elle était là leur boulangerie à la devanture de bois, tout près du bureau de tabac avant que celui-ci ne traverse la route pour plus de travail, en face de la gendarmerie.

Peu de choses ont changé au fond, si ce n’est le gris des murs, assombris davantage sous l’effet des pots d’échappement, comme pour épouser la patine qui les a recouverts dans ma mémoire.

Au feu de signalisation, je me désolerais une fois encore de la tristesse de l’ancienne officine vide sous ses vitres sales. Le goût de médicament des bonbons offerts quand on savait attendre en silence me reviendrait ; je n’ai rien goûté de pareil depuis.

Enfin, j’arriverais à l’ombre de l’édifice gothique immobile et inchangé. L’église qui hantait mes rêveries lorsque mon regard se perdait à travers les fenêtres du collège, à quelques pas.

En me retournant, je plongerais une dernière fois les yeux sur la route parcourue, dans le mirage, à cet interstice indéfini, flou, perdu quelque part entre l’image de mes souvenirs et ce présent déjà passé qui les aurait ravivés.

C’est peut-être là et seulement là que nous existons, à la périphérie de l’instant, de ce que nous en percevons et des fantômes qui nous habitent.

Et dans les rues, en filigrane, notre mémoire qui superpose nos présents.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur whatsapp
Partager sur email